Prendre en compte la biodiversité dans l’aménagement opérationnel
Cycle de webinaires
Ce cycle de webinaires, organisé d’avril à juin 2026, repose sur un postulat clair : au regard des connaissances actuelles, la biodiversité ne peut plus être traitée comme un sujet périphérique ou comme une variable d'ajustement. Elle doit impérativement devenir une composante structurante des projets urbains, et ce, dès leur conception. À travers cinq sessions thématiques, les échanges ont démontré que cette indispensable transition nécessite des connaissances scientifiques solides, des outils économiques renouvelés, une intégration plus systématique de la biodiversité dans les documents de planification et, surtout, une profonde transformation culturelle de l'ensemble des métiers de la fabrique de la ville.
Faire de la biodiversité un principe structurant de l’aménagement
Le premier webinaire a posé les fondements de cette évolution des approches et des pratiques. Nathalie Machon (MNHN) a d'abord rappelé que la biodiversité constitue le tissu vivant de notre planète, garant de la résilience de nos écosystèmes. Face aux impasses des solutions purement technologiques, elle défend un urbanisme régénératif qui restaure les fonctions écologiques. Pour traduire cette ambition dans le réel, Magali Castex (Co'mone) a pointé la nécessité de transformer les modèles économiques. Selon elle, il faut impérativement « faire compter » la biodiversité en intégrant une comptabilité écologique dans les bilans d'aménagement, ce qui permet de revaloriser les terrains vacants pour leurs fonctions écologiques essentielles. Sur le plan juridique, Alexandra Cocquière (IPR) a montré que les documents de planification peuvent protéger et restaurer la biodiversité. Elle a notamment mis en exergue la richesse du Plan Local d'Urbanisme (PLU), dont les outils facultatifs, comme les emplacements réservés ou les Orientations d'Aménagement et de Programmation (OAP), s'avèrent extrêmement puissants lorsqu'ils sont mobilisés par les collectivités.
Densifier autrement : concilier sobriété foncière et préservation du vivant
La complexe articulation entre la densité, les formes urbaines et le vivant a été décryptée lors du deuxième webinaire, dans le contexte de l'objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Les différentes interventions soulignent que la densité n’est pas nécessairement incompatible avec la biodiversité, à condition de préserver des continuités écologiques, des surfaces de pleine terre et de pratiquer une gestion écologique. Morgane Flégeau (Université de Lorraine) montre que des quartiers de densité équivalente peuvent avoir des performances écologiques très différentes selon leur morphologie urbaine et les formes produites. Elle insiste notamment sur l’importance des configurations spatiales : continuité des espaces végétalisés, organisation du bâti, largeur des rues, présence de jardins privés ou encore connectivité écologique entre parcs et alignements d’arbres. Thomas Boutreux (Université Lyon 1) a prolongé cette idée en présentant l'Open Space Ratio (OSR), un coefficient démontrant que la disponibilité d'espaces ouverts non bâtis est bien plus déterminante pour le potentiel de végétalisation que la seule densité bâtie. Concernant le foncier disponible, Gwendoline Grandin et Nicolas Laruelle (IPR) ont alerté sur la nécessité de préserver certaines friches urbaines, véritables réservoirs de biodiversité. Ils invitent à utiliser des outils comme la plateforme CASSIUS pour arbitrer intelligemment entre urbanisation et renaturation. Enfin, Maximilian Gawlik (IPR) a souligné que l'acceptabilité de la ville dense repose avant tout sur la qualité de l'insertion urbaine et des espaces extérieurs, qui doivent faire la part belle au végétal et à la pleine terre.
Le diagnostic écologique comme point de départ du projet urbain
Le troisième webinaire a érigé le diagnostic écologique en préalable incontournable de tout aménagement. Lucile Dewulf (IPR) a expliqué que ce diagnostic doit s'affranchir de la simple obligation réglementaire pour devenir un véritable outil d'aide à la décision stratégique, orientant de fait la séquence Éviter, Réduire, Compenser (ERC). L'impact concret de cette démarche a été illustré par Marine Linglart (UrbanEco) à travers les projets du Village des Médias à la Courneuve (93) et du Champ de Manœuvre à Nantes (44), où la découverte d'espèces à fort enjeu a directement conduit à réduire les surfaces urbanisées et conserver des espaces sanctuarisés pour le vivant. Quentin Vincent (EODD Conseil) a fait un focus sur le diagnostic des sols, ressources non renouvelables trop souvent négligées et oubliées. Il prône une approche agro-pédo-biologique pour adapter le projet d'aménagement aux caractéristiques réelles du sol, et non l'inverse. Ce mode de conception appuyé sur une phase de diagnostic a été appliqué au quartier des Rives de la Haute-Deûle, près de Lille, présenté par Raphaelle Beaud (SORELI), Anne-Sylvie Bruel (Atelier de Paysages Bruel-Delmar) et Vincent Plichon (Atelier d’Ecologie Urbaine). Dans ce projet emblématique, ce sont les milieux humides et la gestion de l'eau à ciel ouvert qui ont dessiné le plan masse de l'écoquartier.
Décloisonner les métiers pour concevoir la ville avec le vivant
L'importance du dialogue interdisciplinaire a été le fil rouge du quatrième volet. Le binôme formé par Aurélien Huguet (AH Ecologie) et Davide Costelli (Franges-paysage) a prouvé que des contraintes d'usage, comme dans les cours d'école, peuvent se conjuguer avec la biodiversité en partitionnant les espaces. Pour généraliser ces alliances, Sophie Nadot (Université Paris-Saclay) et Anne Breuil (École du Breuil) ont mis en lumière l'urgence de former une nouvelle génération d'acteurs hybrides via des cursus décloisonnant l'écologie et le paysage. L'évolution des mentalités a été confirmée par Jean-Christophe Nani (TN+), qui promeut le concept de « biocité ». Son agence n'hésite pas à inverser le paradigme, identifiant d'abord les milieux cibles et les habitats faunistiques avant même de positionner l'urbain, comme ce fut le cas sur un projet à Orly. Enfin, Ludivine Prou-Fréjus et Thomas Vigan (Paris Habitat) ont démontré qu'un acteur institutionnel comme Paris Habitat (gestionnaire de plus de 110 hectares d’espaces végétalisés) peut inciter à la gestion écologique et différenciée de ses espaces et encourager la protection de l'avifaune lors de chantiers de rénovation, en lien avec la Ligue de Protection des oiseaux.
Du sol à la façade : vers un bâti au service de la biodiversité
Le cycle s'est refermé sur la capacité du bâti lui-même à devenir une structure bioréceptive. Delphine Lewandowski (Penn State University) a présenté son travail de thèse sur les murs biodiverses, qui assurent une continuité ininterrompue de substrat vivant depuis la pleine terre en s'appuyant sur des matériaux massifs. Charlotte Picard (Ville de Rosny-sous-Bois) a partagé l'ambition radicale de la ville de Rosny-sous-Bois, qui conçoit des écoles bioclimatiques en s'imposant des filières locales et vertueuses, de la paille agricole au bois débardé au cheval. Frédéric Denise (Archipel Zéro) a concrétisé cette philosophie avec la Maison de la réserve écologique à Épinay-sur-Seine, un bâtiment pensé sans béton et posé sur des pieux vissés, arborant des façades en tavaillons de châtaignier et intégrant plusieurs nichoirs. Maëva Felten (Ligue de Protection des Oiseaux) a clôturé les échanges en alertant sur les ravages des rénovations thermiques non préparées. Elle a insisté sur l'intégration de solutions simples, comme les nichoirs dans la couche isolante, prouvant qu'avec de l'anticipation, transition énergétique et protection du vivant peuvent aller de pair.
Replays
10 avril 2026
Entre héritage moderniste et urgence écologique, l’aménagement urbain est en pleine mutation. Ce webinaire avait pour fil rouge les nouvelles approches et pratiques qui replacent la nature au centre des projets, l'occasion d'aborder les obstacles actuels : coût, complexité et rareté du foncier en zone dense. Plusieurs regards croisés ont permis de mieux comprendre comment faire de la biodiversité une réalité opérationnelle.
Intervenants :
- Introduction : Nicolas Bauquet, directeur général de l’Institut Paris Region et Sophie Deschiens, présidente de l'ARB ÎdF
- Urbanisme et biodiversité : point sur les recherches en écologie urbaine | Nathalie Machon, professeure d'écologie, MNHN
Diaporama - Écologiser les pratiques d’aménagement : quelle place pour le vivant ? | Magali Castex, fondatrice et gérante, Co'mone
Diaporama - Leviers réglementaires pour favoriser la biodiversité dans les projets | Alexandra Cocquière, juriste, L’Institut Paris Region
Diaporama - Prendre en compte le vivant dans l’aménagement : un guide pour agir | Marc Barra, écologue, ARB ÎdF/L’Institut Paris Region
Diaporama
23 avril 2026
La densification limite la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers, mais peut conduire à l’artificialisation d’espaces ouverts végétalisés en ville et accroître la minéralisation de milieux urbains déjà denses. Ce webinaire a abordé la relation complexe entre formes urbaines, densité et biodiversité, à partir de travaux récents. Il s'est agi d’analyser les controverses et les consensus dans la littérature, et de mettre en lumière les recommandations formulées par les chercheurs pour concilier densification et maintien ou restauration de la biodiversité.
Intervenants :
- Analyse critique des liens entre densité, morphologie urbaine et biodiversité
Morgane Flégeau, maîtresse de conférences, Université de Lorraine
Diaporama - Des coefficients morphologiques opérationnels pour les PLU, afin de garantir la biodiversité des services écosystémiques résilients
Thomas Boutreux, chercheur associé, Laboratoire Environnement Ville Société CNRS UMR 5600
Diaporama - Les friches : réservoirs de biodiversité ou opportunités foncières ?
Gwendoline Grandin, écologue et Nicolas Laruelle, urbaniste, L’Institut Paris Region
Diaporama - Faire la ville à l’heure du ZAN : réconcilier densité et qualité de la construction
Maximilian Gawlik, architecte paysagiste, L’Institut Paris Region
Diaporama
22 mai 2026
Ce webinaire a porté sur le diagnostic écologique comme étape stratégique pour orienter les décisions d’aménagement, depuis les inventaires faune-flore jusqu’à leur prise en compte et déclinaison dans les pièces du projet. L’objectif est de montrer comment un diagnostic bien conçu, intégré en amont des phases projet, peut éclairer les scénarios de conception, éviter les impacts négatifs et valoriser les fonctionnalités écologiques.
Intervenants :
Le diagnostic écologique : de l’obligation réglementaire à l’outil d’aide à la décision
Lucile Dewulf, écologue, ARB ÎdF/L’Institut Paris Region
DiaporamaDiagnostic écologique de la ZAC du Cluster des Médias, en Seine-Saint-Denis
Marine Linglart, écologue, UrbanEco
DiaporamaLes diagnostics agro-pédologiques dans le cadre de projets d’aménagement
Quentin Vincent, écologue, EODD ingénieurs conseils
DiaporamaDiagnostic écologique du quartier des Rives de la Haute Deûle, à Lille
Raphaelle Beaud, responsable de projet, SORELI, Anne-Sylvie Bruel, paysagiste, Atelier de Paysages Bruel-Delmar et Vincent Plichon, écologue, Atelier d’Ecologie Urbaine
Diaporama
12 juin 2026
Ce webinaire a traité des modes de coopération indispensables entre disciplines pour intégrer la biodiversité de manière effective dans les projets d’aménagement : cultures professionnelles, des langages et méthodes qui permettent de dépasser les clivages et de co-construire des projets. Les retours d’expérience ont permis d'identifier des pratiques collaboratives qui illustrent comment écologues, paysagistes et aménageurs conjuguent leurs expertises pour des résultats plus pertinents.
Intervenants :
Écologues, paysagistes et aménageurs : retours d’expérience de démarches collaboratives
Aurélien Huguet, écologue, AH Écologie et Davide Costelli, paysagiste, Franges-paysage
DiaporamaFormer la prochaine génération de paysagistes, écologues, urbanistes
Sophie Nadot, professeure de botanique, Université Paris-Saclay et Anne Breuil, professeure d'écologie appliquée à l'aménagement, École du Breuil
DiaporamaLa biodiversité prise comme moteur du projet du paysage
Jean-Christophe Nani, paysagiste concepteur, TN+
DiaporamaLa gestion de la biodiversité sur le patrimoine d’un bailleur social
Ludivine Prou-Fréjus, chargée de projet habitat durable et Thomas Vigan, chef d'atelier régie espaces verts, Paris Habitat
Diaporama
26 juin 2026
Ce cinquième et dernier webinaire du cycle était dédié aux approches architecturales et constructives innovantes qui contribuent à la biodiversité, en dépassant les simples « gadgets ». Il a notamment été question de la perméabilité écologique du bâti, la prise en compte des besoins de la faune, l’attention portée aux sols ou encore l’utilisation de matériaux et de formes favorables aux fonctions écologiques.
Intervenants :
Architectures biosourcées
Charlotte Picard, architecte, ville de Rosny-sous-Bois
DiaporamaArchitectures réversibles pour les sols
Frédéric Denise, architecte, Archipel Zéro
DiaporamaArchitectures favorables aux oiseaux et aux chiroptères
Maëva Felten, responsable nature en ville, Ligue de protection des oiseaux
DiaporamaArchitectures favorables au végétal
Delphine Lewandowski, architecte, Penn State University
Diaporama
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