Biodiversité confinés jour 8 : le Pigeon colombin

08/04/2020 - 19:31

Chaque jour, notre ornithologue Maxime Zucca, vous invite à apprendre à reconnaître une espèce parmi la faune visible depuis nos fenêtres, en ces temps de confinement, afin que même les plus urbains d'entre nous, ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir profiter d'un jardin ou même d'un balcon, puissent se reconnecter à la nature. Et vous vous rendrez compte que, même au coeur des grandes villes, il y a des choses à observer que nous ne prenons habituellement plus le temps de voir !

Pigeon colombin © J. Lejeune

En voici un que peu de gens connaissent : le Pigeon colombin.

C’est le plus rare des trois espèces de pigeons de France. Et lui aussi, on le rencontre en ville, y compris dans toute l’agglomération parisienne.

A l’origine, il s’agit d’un oiseau forestier nichant dans les trous d’arbres. Les grands arbres d’alignement des villes tels que les Marronniers et les platanes, régulièrement élagués, constituent des emplacements idéaux pour placer leurs nids dans les trous laissés suite à l’élagage. Il les occupait déjà à Paris au 19è siècle.


© LPO Île-de-France / V. Ferriot

Quand ce sera de nouveau possible, ne traversez plus le jardin des plantes ou le Luxembourg (qui accueille l'une des plus grande densités connues en France) sans rechercher les colombins à l’entrée de leur trou dans les platanes et les marronniers des allées ! Vous ne le verrez jamais – ou alors exceptionnellement – à terre sur un trottoir, ni même sur les pelouses d’un parc.

Il jette sinon depuis quelques décennies son dévolu sur les mitrons des cheminées parisiennes. L’arrêt des feux de cheminées a sans aucun doute favorisé les colombins, qui y trouvent un emplacement idéal pour leur nid. Pour repérer l’espèce de chez vous, inspectez donc les toits et en particulier ces fameux mitrons.

Avant le premier atlas des oiseaux nicheurs de Paris, coordonné par Frédéric Malher, jamais nous n’aurions pensé que la population parisienne atteignait un tel niveau : au moins 300 couples (hors bois). La population apparaît stable depuis. Comme le ramier, beaucoup vont s’alimenter dans les champs en grande couronne. Il est également commun dans Lyon et Dijon, mais peu commun à Lille, Toulouse, Strasbourg, absent à Marseille et Montpellier.

Il ressemble assez au Pigeon biset (pigeon de ville), mais il n’a pas les deux barres noires sur l’aile, et la pointe noire des ailes contraste avec le reste du dessus gris presque uni. Son œil noir (et non rouge) se distingue particulièrement au milieu de la tête, tout comme son  bec jaunâtre et les reflets verts du côté du cou et la poitrine rosée.


© LPO Île-de-France / T. Riabi

En vol il est également facile à reconnaître une fois qu’on a compris l’astuce : alors que les pigeons des villes ont le dessous de l’aile blanc et une tache blanche au croupion, le colombin est tout gris avec juste le bout des ailes et de la queue noire. Il n’a pas de bande blanche à l’aile comme le ramier.

En cette saison, on les voit beaucoup faire leurs vols territoriaux, avec des battements lents et très amples, les ailes se touchant presque en haut. Les parades sont fréquentes : les couples montent en vol à la verticale en face à face ou en se suivant. Posé, le mâle fait des révérences à la femelle, la queue étalée vers le haut et la tête vers le bas.

Il chante depuis février, un chant que l’on entend sans l’écouter, mais une fois enregistré dans l’oreille, vous vous rendrez compte que l’oiseau est plus fréquent que vous ne le supposez : évoquant un mélange entre un pigeon et un hibou, c’est une série de « wououh » assez sourds : https://www.xeno-canto.org/485088.

On a remarqué que les colombins nichaient parfois...dans les contrepoids de béton des grues de chantier ! Vous remarquerez peut-être, à l’occasion, qu’il niche même dans les trous de boulin de la façade de Notre-Dame !

Ramier, biset ou colombin, l’épervier ne fait pas la différence : toujours bon à chasser. Et vous, désormais ?

A demain !

Nous remercions la LPO Île-de-France et ses membres pour leurs photos qui nous permettent d'illustrer certains de nos propos.

randomness