Biodiversité confinés jour 13 : les Goélands

08 avril 2020ContactMaxime Zucca

Chaque jour, notre ornithologue Maxime Zucca, vous invite à apprendre à reconnaître une espèce parmi la faune visible depuis nos fenêtres, en ces temps de confinement, afin que même les plus urbains d'entre nous, ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir profiter d'un jardin ou même d'un balcon, puissent se reconnecter à la nature. Et vous vous rendrez compte que, même au coeur des grandes villes, il y a des choses à observer que nous ne prenons habituellement plus le temps de voir !

Vous entendez ce bruit directement venu de la mer ? Les Goélands ont pris d’assaut les villes, depuis plus de 30 ans !
Les goélands des falaises bretonnes ont trouvé que les toits des immeubles des villes étaient tout aussi bénéfiques, et cela tombait bien, car les falaises commençaient à afficher complet. Depuis, cette culture urbaine s’est transmise aux générations nées sur les toits !

Et de nouvelles villes ont été colonisées, avançant progressivement vers l’intérieur des terres. Les premiers couples s’installent à Paris dans les années 90. Il y en a plus de 100 maintenant, d’au moins trois espèces. Le plus commun est le Goéland argenté, dont l’adulte a le dos gris clair et les pattes rosées :

On trouve aussi le Goéland brun. Il est commun dans les villes côtières, à Rennes, etc. Une quinzaine de couples nichent à Paris et quelques autres en banlieue. Plus que brun, il est ardoisé dessus, avec les pattes jaunes. A ne pas confondre avec le Goéland marin, plus gros, qui niche aussi dans certaines villes côtières.

Reste enfin le Goéland leucophée, qui est le Goéland urbain que l’on trouve dans toutes les villes méditerranéennes, et les villes de la moitié sud en général. A Marseille, c’est donc lui que vous avez. Son manteau est gris un peu plus foncé que l’argenté, il a les pattes jaunes et un peu moins de blanc à la pointe de l’aile.

Je ne vous détaille pas l’identification des jeunes : il faut 5 ans aux goélands pour acquérir leur plumage d’adulte, entre temps, ils passent par un dégradé allant du brun uniforme des juvéniles à des couleurs plus bigarrées entre gris et brun.

Bien sûr, beaucoup de gens font l’amalgame entre goélands et mouettes. Ils n’ont pourtant rien à voir ! Les mouettes rieuses sont beaucoup plus petites, ont un bec fin, rouge ou orangé, les pattes rouges ou orangées (selon l'âge), et un point noir en arrière de l’œil. En cette saison, elles nichent dans les marais (et ont la tête toute brune) : on ne les voit plus guère en ville.

Alors que les goélands argentés déclinent fortement en milieu naturel (diminution de moitié entre 2000 et 2010), la population a doublé en milieu urbain sur la même période, si bien que désormais 1/3 des goélands argentés français nichent en ville !! Cette proportion est bien plus faible pour les autres espèces.

Ils pondent leurs œufs sur les toits, et les cheminées – ce qui est parfois un peu précaire par grand vent. Ils construisent quand même un petit socle végétal pour stabiliser les œufs. Ils nichent en petites colonies, pouvant accueillir plusieurs espèces.

Ils se nourrissent sur les fleuves et la mer, mais profitent volontiers des déchets urbains, ne dédaignent pas les pigeons ou les canetons, ni les poissons des bassins des parcs, bien sûr.  Un goéland argenté a été observé en train de pêcher à l’appât (en se servant de pain) les poissons des bassins des Tuileries !

Après ils peuvent se montrer très entreprenants, parfois même un peu encombrants, comme ici en Grande-Bretagne !

Sur son blog, Frédéric Malher raconte la mésaventure de deux colombes lâchées au Vatican par le Pape François en signe de paix pour l’Ukraine ! Il semblerait que les colombes s’en soient finalement sorties. S’agit-il pour autant d’un bon signe pour l’Ukraine ?

https://lesoiseauxenville568401881.wordpress.com/2014/01/27/quand-un-goeland-leucophee-et-une-corneille-mantelee-jouent-les-trouble-fete-au-vatican/

Frédéric nous y relate aussi qu’en période de hautes eaux, les goélands (leucophées) toulousains semblent jouer à faire du toboggan sur les rouleaux causés par les seuils de la Garonne, et repartir pour plusieurs tours !

Dès le mois de janvier, les goélands défendent leur territoire et paradent. Ils vont se montrer assez agressifs envers les intrus durant tout le printemps, mais peu de monde monte sur les toits ! Par contre, on en a vu attaquer des drones !

http://www.leparisien.fr/faits-divers/les-goelands-attaquent-les-drones-de-la-prefecture-de-police-de-paris-25-06-2019-8102361.php

Les poussins éclosent à partir du mois de mai. Ils restent sur leur cheminée ou sur leur toit plat jusqu’à leur envol, mais il arrive d’en trouver qui tombent à terre et survivent à leur chute. Ici, un poussin de Goéland brun sur le toit du MNHN à Paris.

La tache rouge du bec des adultes déclencherait le réflexe de quémander de la nourriture chez le poussin !

Profitez-en, en ce moment, les goélands sont très actifs, vous avez peut-être une colonie près de chez vous ? Si vous avez la chance d'avoir une vue sur les toits, essayez de repérer ceux qu'ils ont élu, de voir si différentes espèces sont présentes...

Nous remercions la LPO Île-de-France et ses membres pour leurs photos qui nous permettent d'illustrer certains de nos propos.

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