Biodiversité confinés jour 6 : la Mésange charbonnière

26/03/2020 - 19:26

Chaque jour, notre ornithologue Maxime Zucca, vous invite à apprendre à reconnaître une espèce parmi la faune visible depuis nos fenêtres, en ces temps de confinement, afin que même les plus urbains d'entre nous, ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir profiter d'un jardin ou même d'un balcon, puissent se reconnecter à la nature. Et vous vous rendrez compte que, même au coeur des grandes villes, il y a des choses à observer que nous ne prenons habituellement plus le temps de voir !

Mésange charbonnière © Maxime Zucca

Il fait froid en ce moment, ce qui calme un peu les ardeurs des chanteurs. Sauf des Mésanges charbonnières, qui elles chantent déjà depuis le mois de janvier !

Si vous n’avez aucun arbre et que des toits ou des façades devant chez vous, ça va être difficile de la voir. Mais un seul arbre suffit. La bande noire (ou « cravate ») en travers de la poitrine la distingue du 1er coup d’œil de la Mésange bleue. C’est de cette coulée noire qu’elle tient son nom, « charbonnière ».

Vous pouvez apprendre à distinguer le mâle de la femelle : celui-ci a la « cravate » noire qui s’élargit nettement vers le bas du centre (photo ci-dessus), alors qu’elle est plus fine et s’interrompt avant le bas ventre chez la femelle (photo ci-dessous). Les jeunes venant de sortir du nid ont une cravate à peine visible.


© LPO Île-de-France / T. Riabi

On la rencontre vraiment partout et son chant ne vous est probablement pas inconnu. Le plus fréquent est un « ti-tu ti-tu ti-tu » : https://www.xeno-canto.org/535850

Mais il y a beaucoup de variantes, moins flutées https://www.xeno-canto.org/536585, à note unique répétée.. : https://www.xeno-canto.org/535694

Elles ont également d’assez nombreux cris et babillages, par exemple : https://www.xeno-canto.org/535791 et ce cri d’alarme https://www.xeno-canto.org/529769

Elle n’est pas toujours facile à reconnaître à l’ouïe de la Mésange bleue au début.

Lorsqu’un autre mâle pénètre dans un territoire, le mâle montre une posture agressive, déployant la queue et allongeant la pointe de la tête vers le haut, avant de déployer également les ailes et de s’ébouriffer. Mais le reste de l’année, les mésanges circulent en groupes sociaux, se mêlant aux autres espèces de mésanges, mais aussi aux roitelets, pouillots, etc.

Les mésanges ne sont pas toujours les oiseaux paisibles que l'on s'imagine. Elles peuvent se muer en prédateurs féroces capables de tuer des chauves-souris ou même des oiseaux de leur taille, comme ce sizerin filmé en Finlande ! Âmes sensibles s'abstenir

https://www.youtube.com/watch?v=sGpqOGWpK3E

Elles se nourrissent de toutes sortes d’insectes au printemps et en été. Les chenilles sont très appréciées pour nourrir les jeunes, mêle celles des chenilles processionnaires ! La Charbonnière recherche plutôt ses proies dans la partie basse des arbres, alors que la Mésange bleue patrouille vers les cimes : moins de concurrence 


© LPO Île-de-France / L. Lannou

En hiver elles se reportent sur les végétaux. Elles seront les premières à venir aux mangeoires, et même une boule de graisse suspendue à un balcon les attire rapidement. Idéal pour faire découvrir les oiseaux aux enfants ! Mais en hiver seulement.

Elles construisent leur nid en ce moment, dans un trou d’arbre ou de mur. Elles adorent les nichoirs : si vous voulez attirer un oiseau près de chez vous, c’est l’espèce parfaite. Elles dorment également dans les cavités le reste de l’année. A Paris, on l’a vu nicher dans des lampadaires, toutes sortes de poteaux, portiques de parkings...

Il y a entre 750 et 1000 couples dans Paris intra-muros, et elle est en augmentation, comme un peu partout en France d’ailleurs. On la trouve dans toutes les villes françaises. Elle est sinon très commune dans les tous les milieux arborés ruraux, y compris au cœur des forêts.

Les nichées comportent souvent 6 à 8 jeunes, qui s’envoleront dès le début de mai Chaque jeune reçoit 30 à 70 becquées par jour, vous imaginez le travail ! Il faut regarder ce montage fait par Benoit Segerer à partir de la caméra qu’il avait installé dans son nichoir : https://www.youtube.com/watch?v=1r16CQZ3I6A

Elles font souvent 2 nichées dans l’année (dans 2 nids différents). La plupart ne survivront pas à leur première année (il ne fait que 2 juvs par couples qui se reproduisent l’année suivante pour que la population soit stable).

Cette scène d’envol, toujours par Benoit Segerer à Moret-sur-Loing, est touchante ! https://www.youtube.com/watch?v=Le807xk_M7U

Et il leur faut après apprendre par eux même ce qui se mange...et ne se mange pas ! A moins que ce jeune ait eu d'autres desseins avec cette pince à linge ?

Nous remercions la LPO Île-de-France et ses membres pour leurs photos qui nous permettent d'illustrer certains de nos propos.