Biodiversité confinés jour 4 : l'Accenteur mouchet

08/04/2020 - 19:34

Chaque jour, notre ornithologue Maxime Zucca, vous invite à apprendre à reconnaître une espèce parmi la faune visible depuis nos fenêtres, en ces temps de confinement, afin que même les plus urbains d'entre nous, ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir profiter d'un jardin ou même d'un balcon, puissent se reconnecter à la nature. Et vous vous rendrez compte que, même au coeur des grandes villes, il y a des choses à observer que nous ne prenons habituellement plus le temps de voir !

Accenteur mouchet © Maxime Zucca

Aujourd’hui, un oiseau bien discret, mais pourtant très commun : l’Accenteur mouchet.

Et oui, bien peu de monde le connaît celui-là ! Il est petit, brun, ressemble à un moineau, passe-partout, se faufile au sol sous les buissons comme une souris, mais évitera les trottoirs. Presque un furtif à la Damasio. Il diffère du moineau par son bec fin, ses teintes plus chaudes et la tête et le cou gris cendré.

C’est l’un des oiseaux dont le chant résonne le plus au mois de mars ! C’est d’ailleurs à cette époque qu’il faut recenser les chanteurs, dès la mi-avril, ce sera trop tard, ils ne chanteront plus qu’épisodiquement. Le chant est très aigu, rapide et dansant, lancé depuis une antenne, un arbre, un toit : https://www.xeno-canto.org/535453.

Ce chant est principalement émis par le mâle, mais peut l’être par les femelles également. Les femelles défendent leur territoire en usant de deux cris. Le premier, une courte trille, est émis presque uniquement par les femelles en cette saison, et surtout pendant la phase de fertilité et vise à attirer les mâles et à les détourner d’autres femelles. https://www.xeno-canto.org/462926

Le second, un « tsiip », est émis par les deux sexes, mais surtout par les femelles : https://www.xeno-canto.org/394662 

Il s’agit plus d’un cri territorial, et une femelle qui entend ce cri va s’approcher pour chasser la femelle qui en est à l’origine.

Le système social des accenteurs est original : mâles et femelles ont chacun plusieurs partenaires. On parle de polygynandrie ! Les femelles défendent un territoire, et s’accouplent généralement avec au moins deux mâles ; eux même tentent de s’accoupler (ils y parviennent plus rarement) avec deux femelles.

Les mâles suivent la femelle partout pour éviter qu’elle ne s’accouple avec un autre mâle du coin. La femelle tente elle aussi de garder « ses » mâles. Il y a une compétition au sein des sexes, mais aussi entre sexes ! Cela se passe en ce moment, essayez d’observer ça...

Avant de s'accoupler avec une ♀, du coup, le ♂ picore le cloaque de sa partenaire pour essayer d'en extraire le sperme d'éventuels concurrents ayant déjà copulé avant lui. Ça ne marche pas très bien : en moyenne les 2 ♂ sont chacun le père biologique de la moitié des jeunes.

Les deux mâles participeront au nourrissage des poussins, et lorsque les jeunes s’envolent, chacun suit une moitié d’entre eux pendant quelques jours. La majorité des jeunes quitte le nid en mai et juin et il y a souvent une deuxième nichée. Les œufs, bleus, ressemblent à ceux du merle, en plus petits.

Au printemps et en été, les accenteurs se nourrissent surtout d’insectes et d’araignées. En automne et hiver, ils deviennent granivores : graines d’orties, de Rumex, de plantain, de renouées de poacées diverses... En ville, ils se montrent parfois très peu farouches dans les parcs.

Les accenteurs connaissent un déclin très marqué depuis une dizaine d’année. Il a été montré en Grande-Bretagne qu’il s’agissait d’une espèce particulièrement souvent tuée par les chats (davantage que le taux de renouvellement des populations. Mais cela ne suffit probablement pas à expliquer leur déclin : les plantes indispensables à leur survie hivernale leur font aussi défaut.

Lors des deux grandes enquêtes menées à Paris, les effectifs avaient été estimés à 700-1000 couples en 2005-2008 et à seulement 350-450 couples en 2015-2018. Il peut nicher dans les cours d’immeubles plantées si la végétation est dense, voire certains balcons ! Le nid est placé dans un buisson ou un mur de lierre, assez bas.

En milieu rural, c’est un oiseau des haies, des lisières forestières et des zones buissonnantes, qui est présent jusqu’à la limite des arbres en montagne.

Il arrive qu'un Coucou vienne pondre son oeuf dans un nid d'accenteur, ce qui donne d'étonnants spectacles, immortalisé ici en Angleterre !

https://www.dailymail.co.uk/news/article-5464827/Dunnock-bird-perches-huge-cuckoo-chick-feed-it.html

Nous remercions la LPO Île-de-France et ses membres pour leurs photos qui nous permettent d'illustrer certains de nos propos.

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