Biodiversité confinés jour 3 : le Merle noir

08/04/2020 - 19:34

Chaque jour, notre ornithologue Maxime Zucca, vous invite à apprendre à reconnaître une espèce parmi la faune visible depuis nos fenêtres, en ces temps de confinement, afin que même les plus urbains d'entre nous, ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir profiter d'un jardin ou même d'un balcon, puissent se reconnecter à la nature. Et vous vous rendrez compte que, même au coeur des grandes villes, il y a des choses à observer que nous ne prenons habituellement plus le temps de voir !

Merle noir © Maxime Zucca

Un nouvel oiseau facile à observer depuis vos fenêtres d’appartement en ville : le Merle noir.

Comme son nom l’indique, il est noir, enfin, le mâle, avec seulement le bec et le tour de l'oeil jaune.

Un bec très orangé indique un mâle en bonne santé, peu parasité et à bon système immunitaire : c’est donc aussi  un signal sexuel. Contrairement au mâle, la femelle n’a pas le bec jaune, et est beaucoup plus brune, légèrement tachetée.

En ville, les merles sont moins parasités qu’en milieu rural : ils ont moins de tiques et le paludisme aviaire y est plus rare (j'ai indiqué une tique sur la photo !)

Ils vivent en moyenne un an et demi de plus que les merles campagnards ! Le record de longévité connu est d’environ 20 ans.

Pour atteindre votre niveau 2 dans l’identification : savoir reconnaître un mâle dans sa deuxième année civile (né au printemps 2019). Il est noir, mais il a les plumes des ailes plus brunes, qui contrastent légèrement.

Les merles sont à l’origine des oiseaux forestiers. La première apparition de l’espèce en ville remonte à 1820 en Allemagne. On l’évalue à 1850 à Paris. Il est présent dans la quasi-totalité des villes françaises, sauf de plusieurs villes méditerranéennes (Marseille, Montpellier).

Avec pas loin de 2000 couples nicheurs, il s’agit de la 4è espèce la plus abondante à Paris (après les Pigeons bisets et ramier et le Moineau). Il niche dans les buissons et arbustes, les murs de lierre, mais aussi les jardinières. Les œufs bleus sont caractéristiques.

En ville, l’éclairage urbain perturbe l’horloge interne des oiseaux. Les merles débutent parfois leur reproduction dès le mois de janvier – on voit parfois des jeunes à l’envol en mars. Mais la plupart construisent leur nid en ce moment. Il arrive parfois de trouver en pleine rue des jeunes partis un peu tôt du nid : tous ne survivront pas...


© LPO Île-de-France / D. Omarov

Le chant du merle est bien connu des citadins : il s’agit de cet oiseau qui nous réveille parfois en chantant si fort avant l’aube, sur des notes flutées !

https://www.xeno-canto.org/534799

Toujours du fait de la pollution lumineuse, les Merles urbains débutent leur chant matinal beaucoup plus tôt qu’à la campagne. Les merles forestiers (P1 ci-dessous) débutent leur chant 1h avant le lever du soleil, contre 3h en ville (cf étude à Leipzig, publiée dans Plos One en 2013, graphe ci-dessous)

Il fait aussi tout un tas de cris. On entend en particulier ces « ping » répétés, souvent lancés juste avant la nuit :

https://www.xeno-canto.org/526770

Et ce cri lorsqu’il s’envole :

https://www.xeno-canto.org/526535

Si les merles parisiens sont sédentaires, ils sont rejoints en hiver pas de nombreux merles du nord de l’Europe. Ils migrent la nuit, et l’on peut entendre le cri de migration, y compris en ce moment, si l’on prête l’oreille dans le silence nocturne actuel. Montez le volume, c’est discret !

https://www.xeno-canto.org/527050

On voit souvent les merles sautiller sur le gazon et fouiller dans les feuilles mortes : ils y cherchent les vers de terre qui composent une grande part de leur alimentation. Il raffole également de toutes sortes de fruits et baies et a une de manière générale une alimentation très opportuniste.


© LPO Île-de-France / J.J. Boujot

Chaque année, les oiseaux muent. Normalement, ils remplacent leurs plumes successivement, de manière à ne pas se retrouver tous nus... Mais parfois, il y a des loupés, comme ce Merle « vautour » se nourrissant dans la laisse de mer de l’île de Sein ! 

Nous remercions la LPO Île-de-France et ses membres pour leurs photos qui nous permettent d'illustrer certains de nos propos.