Deux nouveaux arrêtés de protection de biotope pour l’Île-de-France

27 février 2026ContactLucile Dewulf

Le début d’année 2026 est marqué par le classement de deux nouveaux sites par arrêtés préfectoraux, en raison de la richesse en habitats et espèces qu’ils abritent :

  • l’étang Neuf et l’étang Vieux, sur la commune de Saclay (Essonne) ; 
  • les mares et mouillères du plateau de Saclay, sur les communes d’Orsay, Palaiseau et Saclay (Essonne)

L’Arrêté Préfectoral de Protection Biotope (APPB) est reconnu comme protection forte au titre du code de l’environnement et dans le cadre de la déclinaison régionale de la stratégie des aires protégées. L’arrêté préfectoral vise à instaurer des mesures de protection afin de garantir l’équilibre biologique des milieux et la conservation des biotopes nécessaires au développement, à l’alimentation, à la croissance, au repos et à la survie des espèces présentes sur le site. Il permet de mettre en place des mesures de police menées par l’Office français de la biodiversité (OFB) et peut proposer différents zonages au sein desquels des mesures de protection spécifiques peuvent s’exercer, mais il vise surtout à réglementer les activités et liste des usages généraux et localisés, permis ou interdits sur le site. L’outil APPB ne permet cependant pas de garantir la gestion du site visé et les financements nécessaires à cette gestion.

Repères

Dans le cadre de la déclinaison régionale de la stratégie nationale pour les aires protégées (SNAP 2030), l’Etat et la Région ont élaboré un premier plan d’action francilien, à l’issue d’un travail d’analyse et d’un diagnostic territorial en concertation avec les acteurs du territoire. À l’échelle nationale, la stratégie prévoit la protection de 30 % du territoire, dont 10 % en protection forte, à l’horizon 2030. En Île-de-France, le plan se décline en deux volets (spatial et qualitatif) appliqués par la mise en œuvre de 38 actions. L’une de ces actions (1.1) prévoit une sélection de sites prioritaires à classés en protection forte, dont font partie ces deux espaces.

Les étangs de Saclay

Datant du XVIIe siècle, les étangs de Saclay forment, en complément de ceux de Saint-Quentin-en-Yvelines, des Noës et de Hollande, un réseau hydraulique gravitaire visant à collecter les eaux de ruissellement dans le but d’alimenter les fontaines du Château de Versailles.

Après la seconde guerre mondiale et lors de la création de la Direction générale de l’armement Essais propulseurs, les étangs Vieux et Neuf furent recreusés pour fournir les conditions nécessaires à l’activité de la base militaire. En parallèle, ces deux espaces de respectivement 51 ha et 40 ha se révélèrent être d’intérêt majeur pour l’avifaune. Ainsi, l’étang Vieux fut classé en réserve ornithologie en 1980 sans que cela puisse être étendu à l’étang Neuf, utilisé pour l’alimentation en eau de la base militaire, malgré le caractère indissociable des deux sites pour la faune.

Ce statut ne confère cependant pas de réelle protection juridique, et si le réseau de plans d’eau situé dans les Yvelines bénéficie désormais d’une protection forte depuis 2021 grâce à la création de la Réserve naturelle nationale des étangs et rigoles d’Yvelines, ceux de Saclay ne bénéficiaient pas encore d’un statut juridique protégeant durablement leur patrimoine naturel. Ces étangs abritent pourtant plusieurs espèces protégées et menacées en période d’hivernage et de nidification. Chaque étang recèle également des habitats complémentaires à la dynamique globale du site (roselières et phragmitaies en pourtour de l’étang Neuf ; vasières autour de l’étang Vieux ; boisements humides), justifiant un classement global du site, d’autant plus pour mieux préserver ces milieux qui régressent, en particulier la roselière.

Espèces remarquables

Parmi les 337 taxons floristiques inventoriés, six espèces végétales déterminantes ZNIEFF sont présentes sur le site, dont trois protégées en IDF que l’on retrouve dans les zones exondables :

  • Le Bident rayonnant (Bidens radiata)
  • Le Pâturin des marais (Poa palustris)
  • La Potentille couchée (Potentilla supina)

Parmi la soixantaine d’espèces d’oiseaux nichant régulièrement sur le site, l’arrêté mentionne particulièrement :

  • Le Blongios nain (Ixobrychus minutus), « en danger » sur la Liste rouge régionale (LRR), est probablement une des espèces emblématiques des étangs de Saclay. Ces dernières années, un couple, parfois deux, nichent dans la roselière (dans les années 50, ils étaient une dizaine). L’espèce fait l’objet d’un suivi assidu depuis 2008.
  • La Sterne pierregarin (Sterna hirundo), une colonie de près d’une trentaine de couples occupe la plate-forme artificielle et le radeau. Rappelons que l’espèce est « Vulnérable » sur la LRR.
  • Le Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus) et le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus), « en danger » (LRR) et qui ont fortement diminué sur le site.
  • Le Héron cendré (Ardea cinerea), dont la héronnière abrite plus d’une cinquantaine de couples selon les derniers comptages.
  • Le Héron garde-bœufs (Bubulcus ibis), arrivé sur site depuis 2023.

Mais également d’autres espèces associées aux milieux humides, forestiers ou ouverts, traduisant de la diversité des habitats au sein de ce « petit » périmètre, telles que le Tarier pâtre (Saxicola rubicola), le Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula), le Bruant jaune (Emberiza citrinella), le Pouillot fitis (Pylloscopus trochilus), le Faucon hobereau (Falco subbuteo), le Milan noir (Milvus migrans), la Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus), la Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris), le Busard des roseaux (Circus aeruginosus), le Petit Gravelot (Charadrius dubius), le Martin-pêcheur d’Europe (Alcedo atthis) ou encore la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti). Le site est également un lieu d’hivernage pour le Butor étoilé (Botaurus stellaris), le Canard souchet ou encore la Sarcelle d’hiver ; mais aussi d’estivage pour la Grande Aigrette (Ardea alba) et l’Aigrette garzette (Egretta garzetta). Enfin, les étangs de Saclay sont également fréquentés lors des migrations par les oiseaux d’eau et passereaux spécialistes de milieux humides. Le site relève également d’une grande richesse concernant l’entomofaune (notons par exemple 477 coléoptères inventoriés, dont 22 espèces sont déterminantes ZNIEFF) d’après les inventaires effectués. Le patrimoine naturel de ces étangs est connu grâce à l’effort constant des naturalistes bénévoles qui en effectuent le suivi, et dont les actualités et informations complètes peuvent être consultées ici : pierrelm48.wixsite.com/etangs-de-saclay

Les mares et mouillères du plateau de Saclay

Le secteur concerné par cet arrêté préfectoral portant sur la protection de biotopes et habitats naturels abrite des mares et mouillères sur le plateau de Saclay, notamment visées par des mesures compensatoires dans le cadre de l’aménagement du quartier de l’école Polytechnique à Saclay et Palaiseau. La surface totale du site est de 19,78 hectares.

Les mouillères sont des milieux rares et menacés, fragiles car caractérisés par des dépression humides alimentées en eaux de pluie, sans exutoires, donc soumises à de fortes variations de niveaux, et souvent situées en milieu agricole. Le sol y est constamment humide, mais pas toujours inondé, possible ici grâce à une superposition de couches limoneuse et argileuse.

Espèces et habitats concernés

L’arrêté vise à garantir la fonctionnalité des milieux et la conservation des biotopes nécessaires au cycle de vie de l’Etoile d’eau (Damasonium alisma), du Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus) et du Petit Gravelot (Charadrius dubius).

L’Etoile d’eau, espèce « en danger » (LRR de la flore vasculaire), est emblématique des mouillères. Elle est en régression et particulièrement menacées par les pressions anthropiques exercées sur son habitat (remblais, traitements phytocides, assèchement, comblement…). Le Bruant des roseaux connait également un fort déclin dans la région et est classé « en danger » sur la Liste rouge régionale. Il est particulièrement affecté par la diminution des zones humides, dans lesquelles il se reproduit, tandis que sa présence régulière sur le secteur est avérée par les suivis. Sa mention dans l’arrêté est d’autant plus justifiée que l’artificialisation du plateau de Saclay depuis la seconde moitié du XXe siècle constitue localement une pression forte pour l’espèce. Le Petit Gravelot fréquente le site pour sa reproduction et lors de ses migrations, mais peut être dérangé par la fréquentation du site pour des usages récréatifs. Il est « vulnérable » en Île-de-France (LRR).

L’arrêté vise également la conservation des habitats naturels suivants :

  • « Lacs eutrophes naturels avec végétation du Magnopotamion ou de l’Hydrocharition » (code Natura 2000 : 3150)
  •  « Eaux stagnantes, oligotrophes à mésotrophes avec végétation des Littorelletea uniflorae et/ou des Isoeto-Nanojunceteae » (code Natura 2000 : 3130)

Ces habitats permettent le développement d’une végétation aquatique et amphibie, d’herbiers enracinés et d’espèces associées aux gazons de sols inondables. Ces milieux et les espèces qu’ils abritent sont particulièrement vulnérables à l’eutrophisation et la pollution des eaux ainsi qu’à l’assèchement par drainage, quand ils ne sont pas simplement comblés.

Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus), ©RNR GrandVoyeux, Antoine Coulondre

Etoile d'eau, ©Maxime Zucca

Mouillères du plateau de Saclay, ©ARB IDF

Sterne Pierregarin (Sterna hirundo), ©Ophelie Ricci

Petit Gravelot, ©Maxime Zucca

Potentille couchée, ©Mathieu Menand (Tela-Botanica)

Blongios nain à Chalo Saint-Mar, ©Claude Suriray

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