La réserve naturelle régionale du marais de Stors

29 juin 2020ContactOlivier Renault

 

D’une superficie d’environ 47ha, la Réserve Naturelle Régionale (RNR) du marais de Stors est localisée sur la commune de Mériel, à une trentaine de km au nord de Paris, dans le département du Val d’Oise. Le site se constitue en fond de vallon au niveau d’un plateau calcaire entaillé par l’érosion du ru du Vieux Moutiers, affluent de la rive gauche de l’Oise. Le marais siège ainsi entre deux versants. Ce vallon préservé est entouré par le massif forestier de l’Isle-Adam au nord, la propriété de l’Abbaye du Val à l’est, le château de Stors et l’Oise à l’ouest et, le plateau agricole de la Tour au sud.

Malgré sa superficie relativement restreinte, la zone humide accueille un patrimoine naturel remarquable avec plusieurs espèces bénéficiant d'une protection au niveau national, liées aux habitats d'eau libre telles que l'Agrion de mercure (Coenagrion mercuriale) en expansion sur le site depuis les travaux de réouverture menés en 2011, et des espèces dont le spectre écologique est plus large. Certaines espèces se trouvant au sein de la RNR, très rares à l'échelle régionale, retrouvent dans le site l'ensemble des conditions nécessaires à leur cycle biologique tels que la qualité de l’eau, la tranquillité de la réserve et la mosaïque d'habitats favorisant la diversité en espèces du site. Notons aussi que la présence historique d'espèces remarquables et la rapidité de colonisation d’espèces d’intérêt suite aux travaux d’ouverture des milieux montrent le fort potentiel floristique du marais.

Considéré comme étant l'un des rares bas-marais d'Île-de-France, le site, propriété régionale, a été classé en « Réserve Naturelle Régionale » (RNR) par délibération du Conseil régional d’Île-de-France en date du 9 juillet 2009.

Il s’inscrit dans la Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique (ZNIEFF) de type I « Vallon de Stors » d’une surface de 71.4 ha, elle-même incluse dans la ZNIEFF de type 2 « Forêt de l’Isle Adam » d’une surface totale de 2100 ha. L’ensemble de la réserve est compris dans le site classé « Vallée de Chauvry » et dans le site inscrit « Massif des trois forêts ». Par ailleurs, le Périmètre Régional d’Intervention Foncière (PRIF) de Stors d'une superficie de 58 ha, dans lequel est inclus le marais, a été créé par délibération de l’Agence des Espaces Verts de la région Île-de-France (AEV) en 2000.

L’assise du marais est formée par les sables et argiles du Sparnacien. Cette unité recouvre la craie Campanienne qui n’affleure pas dans la Vallée de l’Oise au niveau de la réserve. Les unités lithologiques présentes sur le site sont les suivantes, du fond vers la surface :

  • Les argiles et sables du Sparnacien d’une épaisseur variant entre 11 et 20 m. Le premier niveau, l’argile plastique, est surmonté par une argile noire, puis par les sables du Soissonnais (unité fréquemment entrecoupée de lits argileux et ligniteux) ;
  • Les sables de Cuise d’une épaisseur pouvant atteindre 40 m dans la vallée de l’Ysieux représentés par des sables fins à sa base, des blocs de grés quartzitiques pris par une matrice de sables blancs avec argiles brunes, puis un niveau de sables violacés avec intercalations argileuses ;
  • Les calcaires et marnes du Lutétien ;
  • Et, les alluvions modernes déposées dans le fond de vallon.

Avec vingt habitats naturels identifiés seuls ou en mosaïque, 465 espèces végétales ont été recensées depuis 1986 au sein de la RNR représentant près de 30 % de la diversité floristique régionale. Le site abrite nombre d’espèces patrimoniales dont la grande majorité est liée aux stades herbacés du bas-marais et aux pelouses calcicoles et marneuses. Malgré le fait qu'ils ne représentent qu'une petite partie de la RNR, les ourlets et les pelouses calcicoles, peu fréquents en Ile-de-France et à l’échelon européen concentrent un certain nombre d'espèces végétales remarquables telles que la Valériane des collines (Valeriana officinalis subsp. tenuifolia) très rare en Île-de-France et classée comme "vulnérable" sur la Liste rouge régionale de la flore vasculaire d’Île-de-France, la Laîche à épis distants (Carex distans) répertoriée comme étant « vulnérable » et déterminante de ZNIEFF, la Laîche tomenteuse (Carex tomentosa), rare et également déterminante de ZNIEFF en Île-de-France et, l'Orobanche de la Germandrée (Orobanche teucrii) "vulnérable" et déterminante de ZNIEFF à l’échelon régional. 

Le bas-marais accueille quant à lui, la Laîche de Maire (Carex mairei) « en danger critique d'extinction » en Île-de-France ou encore l'Œnanthe de Lachenal (Oenanthe lachenalii) et l'Epipactis des marais (Epipactis palustris), toutes deux classées comme « vulnérables » en Ile-de-France. Notons que la station de Laîche de Maire présente sur le site est l’une des plus importantes du Val d’Oise et de la région Ile-de-France. D’autres espèces caractéristiques des zones marécageuses méritent d’être mentionnées telles que la Marisque, (Cladium mariscus), le Mouron délicat (Lysimachia tenella), « en danger » à l’échelon francilien et l’Orchis négligé (Dactylorhiza praetermissa) ; ces deux dernières ayant été retrouvées suite aux travaux de réouvertures menés sur le site. 

Bien que la chênaie-frênaie rudérale n’ait que peu d’intérêt en termes de flore, elle constitue une zone de nidification privilégiée pour certains oiseaux. La diversité et la complémentarité des milieux qui composent la réserve est très appréciée par les oiseaux. Pas moins de 133 espèces y ont déjà été contactées dont plus d’une trentaine sont patrimoniales. Les espèces paludicoles telles que le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus), rare en Ile-de-france, le Râle d'eau (Rallus aquaticus) et la Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris) ainsi que les espèces forestières comme la Bondrée apivore (Pernis apivorus) ou le Pic noir (Dryocopus martius) fréquentent le site régulièrement en période de reproduction.

Les invertébrés constituent un autre enjeu majeur du site. En effet, parmi les odonates, ont été recensés l’Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale) protégé national et classé comme étant "en danger" à l’échelle régionale, l’Orthetrum bleuissant (Orthetrum coerulescens), caractéristique des eaux stagnantes et courantes ainsi que des tourbières, classé comme étant "vulnérable" en Île-de-France et, le Cordulegastre annelé (Cordulegaster boltonii). Deux espèces d’orthoptères protégées à l’échelle régionale ont été contactées sur le site : le Conocéphale gracieux (Ruspolia nitidula) et l’Œdipode turquoise (Oedipoda caerulescens). Le Tétrix des carrières (Tetrix tenuicornis) et le Tétrix des vasières (Tetrix ceperoi), très rares dans la région, y ont également été recensés. 

Chez les lépidoptères, environ 185 espèces ont été inventoriées au sein de la réserve. Les nombreux pièges lumineux mis en place permettent de chiffrer le nombre d'espèces d'hétérocères présentes sur le site à plus de 160 espèces avec parmi elles trois espèces peu mentionnées dans la région : la Noctuelle veineuse (Simyra albovenosa), la Nonagrie du Phragmite (Chilodes maritima), protégée en Ile-de-France, et l'Ennomos rongée (Ennomos erosaria). Un mécoptère remarquable pour l'Ile-de-France a également été recensé sur le site: Bittacus hageni. Par ailleurs, 60 espèces de mollusques dont le Vertigo de Desmoulins (Vertigo moulinsiana) déterminant de ZNIEFF en Ile-de-France et inscrit dans l’Annexe II de la Directive Habitats-Faune-Flore, sont présentes sur l’ensemble de la réserve. 

La Vipère péliade (Vipera berus) et la Coronelle lisse (Coronella austriaca) ont également été inventoriées sur le site. Concernant les fonges, une étude menée par la Société mycologique de France (SMF) a montré la présence de plus de 200 espèces sur le site dont plus de la moitié sont des saprophytes lignicoles. La présence de bois mort et le maintien de l’humidité contribuent fortement à la diversité mycologique du site. Sur l’ensemble des fonges recensés, 33 espèces sont considérées comme assez rares à rares à l’échelle nationale telles que Aphanobasidium pseudotsugaeHyphoderma litschaueriPhysisporinus vitreusPluteus luteovirensRhodotus palmatusTrametes gibbosa ou encore Trechispora verruculosa.

L'abandon de l'entretien du marais depuis les années 70 a peu à peu favorisé l'envahissement du marais par les ligneux au détriment des habitats ouverts, plus riches écologiquement et patrimoniaux à l'échelon national et européen. C'est pourquoi, des travaux de réouverture des milieux ont été initiés en 2011 et ont depuis notamment favorisé l'extension des populations de Laîche de Maire (Carex mairei) et permis la réapparition du Mouron délicat (Lysimachia tenella).

Une gestion conservatoire des milieux naturels est également menée par l'AEV d'Ile-de-France. A titre d’exemple, des actions de fauche avec exportation de matière permettent de préserver et d'entretenir les espaces ouverts. Des étrepages de sol localisés permettent quant à eux de mettre en évidence les dernières lenticelles de tourbe du site. Une attention particulière est également portée à la préservation des milieux d’eau courante notamment la qualité de l’eau et l’hydromorphologie de la section du ru du Vieux Moutiers dans la réserve pour lequel une restauration est à l'étude. 

Par ailleurs, la conservation des stades boisés du marais (boisements humides de frênes et d’aulnes, aulnaies et saulaies marécageuses dans les zones para-tourbeuses) est un autre défi pour la RNR. Ces boisements abritent notamment une espèce rare et répertoriée comme étant "vulnérable" à l’échelle régionale : l’Orme lisse (Ulmus laevis). La réserve naturelle régionale du marais de Stors a aussi pour vocation d’accueillir et de sensibiliser les scolaires et le grand public. Dans cette optique, diverses animations sont régulièrement proposées par la structure gestionnaire.

Repères

Superficie : 47 ha

Gestionnaire : Agence des espaces verts de la région Île-de-France

Propriétaire : Région Île-de-France

Date de classement : 09/07/2009

Localisation : Mériel (95)

Accès : entrée par la rue Perrot

  • En voiture (de Paris) : prendre l’A15 puis rejoindre la N184 direction Beauvais et sortir à Mériel. Prendre ensuite la direction du centre-ville puis de l’Abbaye du Val. 
  • En transports en commun (de Gare du Nord) : emprunter la ligne H direction Persan-Beaumont ou Valmondois. Descendre à l’arrêt « Mériel » puis rejoindre la rue Montebello. Il faut ensuite marcher 20 minutes pour rejoindre le site.

Pour contacter le gestionnaire : 

Cette page est reliée aux catégories suivantes :
Le schéma régional de cohérence écologique (SRCE) | Stratégie nationale pour les aires protegees | Réserves naturelles