La réserve naturelle régionale du bassin de la Bièvre

12/11/2019 - 14:44
Vue du bassin de la réserve naturelle régionale du bassin de la Bièvre ©J.Birard

Malgré sa situation au cœur d’un environnement fortement urbanisé et sa petite superficie, la réserve naturelle régionale du Bassin de la Bièvre, située au sud-ouest de Paris, constitue une enclave pour la biodiversité. Le bassin de retenue de la Bièvre a été creusé à la fin des années 1950, puis agrandi au cours des années 1970, dans un but strictement hydraulique. Il appartient et est géré par le SIAAP (Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne) et constitue un ouvrage de régulation des crues de la rivière. Le Bassin a connu une évolution spontanée qui en a fait aujourd'hui un site d’intérêt naturaliste majeur en petite couronne parisienne. Des boisements humides et des roselières se sont développés sur les berges et ont rapidement été adoptés par une avifaune riche et diversifiée dans un contexte urbain.

L’intérêt principal du bassin réside ainsi dans sa capacité d’accueil pour l’avifaune. Depuis 1977, ce sont plus de 150 espèces d’oiseaux qui y ont été recensées dont plusieurs espèces patrimoniales pour la région Ile-de-France. Parmi elles, on retrouve des espèces migratrices telles que la Rousserolle turdoïde (Acrocephalus arundinaceus), des espèces nicheuses comme que le Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis) - classé "Quasi-menacé" sur la Liste rouge régionale des oiseaux nicheurs d'Île-de-France - et des hivernantes telles que la Sarcelle d’hiver (Anas crecca). La présence des deux espèces de bécassines et les observations fréquentes du Butor étoilé ont fait la réputation du site auprès de la communauté ornithologique francilienne. 

Véritable marais en ville, la Réserve Naturelle Régionale (RNR) abrite un ensemble de milieux variés (roselière, saulaie et boisements) particulièrement attractifs pour la biodiversité. Quatre des sept habitats observés sur le site sont très mal représentés dans le Département et sont pour cela prioritaires dans un souci de conservation d’une diversité d’habitats naturels. Il s’agit de groupements végétaux de milieux humides qui favorisent notamment la présence d’espèces d’oiseaux remarquables. Les suivis naturalistes menés depuis 1977 au sein de la réserve ont permis de recenser, en plus des oiseaux, environ 215 espèces floristiques, 280 espèces d’insectes, 13 espèces de poissons ou encore, la Couleuvre helvétique (Natrix helvetica) et l'Alyte accoucheur (Alytes obstetricans) revu dernièrement en 2017.

Protection et outils d'aménagement du territoire

La richesse patrimoniale du bassin a conduit au classement des 6 ha du site en Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I (« Bassin de retenue de la Bièvre à Antony ») en 1984 par le Ministère de l’environnement et un projet de classement en RNR a été initié à partir de 1995.

En 2001, le site avait été classé Espace Naturel Sensible des Hauts-de-Seine et depuis le 9 juillet 2009, le Bassin de la Bièvre est classé Réserve Naturelle Régionale. Le Corif (Centre Ornithologique d'Ile-de-France, devenue la Délégation régionale LPO d'Ile-de-France) et le SIAAP en ont été désignées co-gestionnaires par délibération de la commission permanente du Conseil régional d’Ile-de-France.

Espèces et habitats

Le site correspond au dernier lieu où le cours d’eau est à ciel ouvert jusqu’à sa confluence avec la Seine. Totalement clôturé pour des raisons de sécurité, une végétation typique des zones humides s’y est développée (roselières, saulaies) et a permis l’installation de nombreuses espèces. On y retrouve des milieux particulièrement attractifs pour la biodiversité qui se manifestent, pour les plus intéressants, sous la forme de roselières, d'une zone d'eau libre, de boisements humides ou encore de zones exondées prenant l'apparence de vasières à certaines époques de l'année.
Ainsi, certains des habitats qui composent la RNR sont d'intérêt prioritaire notamment du fait de leur sous-représentation à l'échelle du département des Hauts-de-Seine et de leur capacité d'accueil pour certaines espèces patrimoniales. A titre d'exemple, les deux stations de Saussaies marécageuses à Saule cendré (Salix cinerea), hébergent plus de 60 espèces parmi lesquelles 13 sont très rares à l'échelle francilienne.

Sur le volet floristique, le site n'accueille certes pas d'espèces protégées au niveau national ou régional ne constituant ainsi pas un enjeu majeur pour la conservation d'espèces menacées en Île-de-France mais là encore, son intérêt est loin d'être négligeable dans le contexte départemental. Signalons par exemple l'observation de la Callitriche à fruits plats (Callitriche platycarpa) dans les eaux stagnantes de la saussaie marécageuse. Cette espèce très rare en Île-de-France n'avait tout simplement jamais été observée dans le Département. Plus de 200 espèces végétales ont ainsi été recensées dont 26 sont considérées comme étant très rares en Île-de-France. D'autres espèces exceptionnelles dans les Hauts-de-Seine ont été recensées au cours des derniers inventaires floristiques effectués sur la RNR telles que le Myosotis des marais (Myosotis scorpioides), la Véronique mouron d'eau (Veronica anagallis-aquatica) ou encore le Scirpe des marais (Eleocharis palustris). 

L'atout majeur de la réserve repose sur l'avifaune qui y est recensée depuis 1977 avec plus de 150 espèces d'oiseaux contactées sur le site. Ce chiffre est exceptionnel au regard de la taille restreinte et de la situation très urbaine du site. Plusieurs nicheurs remarquables se sont reproduits sur le site tels que le Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis) classe comme étant « quasi-menacé » (NT) sur la liste rouge régionale des oiseaux nicheurs d’Île-de-France et le Pic épeichette (Dendrocops minor) « vulnérable » (VU) à l’échelle régionale. L'intérêt considérable du site a également été démontré à plusieurs reprises en période hivernale, notamment avec la présence du Butor étoilé (Botaurus stellaris), très rare en Île-de-France.

Aussi, plusieurs espèces migratrices ont été observées dans la réserve telles que le Chevalier culblanc (Tringa ochropus) ou encore la Bécassine des marais (Gallinago gallinago). Cette dernière, considérée comme nicheuse disparue en Île-de-France, a été observée chaque année en migration et en hivernage avec jusqu'à une trentaine d’individus sur le site. D'autres espèces particulièrement remarquables dans un tel contexte urbain ont pris l'habitude de passer l'hiver dans la RNR comme la Sarcelle d'hiver (Anas crecca) avec en moyenne15-20 individus observés chaque année, le Chevalier guignette (Actitis hypoleucos) ou encore la très rare Bécassine sourde (Lymnocryptes minimus). Le Râle d’eau (Rallus aquaticus), « vulnérable » à l’échelle francilienne a quant à lui été observé en migration et en hivernage sur le site. Enfin parmi les surprises notées exceptionnellement en passage migratoire au sein de la RNR, nous pouvons mentionner les observations de l'Avocette élégante (Recurvirostra avosetta), la Barge à queue noire (Limosa limosa), la Cisticole des joncs (Cisticola juncidis), la Marouette ponctuée (Porzana porzana), le Torcol fourmilier (Jynx torquilla), la Rémiz penduline (Remiz pendulinus), la Panure à moustaches (Panurus biarmicus) ou encore la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio).

La réserve relève également d'un intérêt fort pour l’entomofaune avec 25 espèces d’odonates, 18 espèces de rhopalocères, une centaine d'espèces d’hétérocères, 13 espèces d’orthoptères et 135 espèces de coléoptères recensées. Parmi elles, l’Aeschne printanière (Brachytron pratense), l’Hespérie de l’Alcée (Carcharodus alceae), le Petit Mars changeant (Apatura ilia), l’Hydrocampe neigeuse (Acentria ephemerella), la Lite des Millepertuis (Eulamprotes atrella), la Tordeuse du framboisier (Epinoptia huebeneriana) ou encore Cochylis molliculana. Des espèces peu fréquentes ont aussi été contactées telles que le Criquet verte-échine (Chorthippus dorsatus) et quatre coléoptères (Prionychus ater, Brachygonus megelei, Ophonus rupicola et Onthophagus coenobita).

Aussi, huit espèces de mammifères ont dejà être contactées dans la réserve avec parmi elles, le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) et trois espèces de chiroptères : la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), la Pipistrelle de Nathusius (Pipistrellus nathusii), « quasi menacée » en Ile-de-France et la Pipistrelle de Kuhl (Pipistrellus kuhlii). Cependant, le Campagnol amphibie (Arvicola sapidus) autrefois présent sur le site n'a pas été revu depuis 2001. Cette espèce menacée inscrite sur les Listes rouges mondiale et européenne de l’UICN (2019) en tant qu’espèce « vulnérable » et sur la liste rouge des mammifères continentaux de France métropolitaine en tant qu’espèce « quasi menacée » est aujourd'hui à rechercher dans la RNR. Parmi les 13 espèces de poissons inventoriés, retenons la Bouvière (Rhodeus amarus) inscrite sur la liste des espèces de l’annexe II de la directive « Habitats ». Cette espèce a la particularité de pondre au sein de moules d’eau douce du genre Unio ou Anodonta. Néanmoins, aucune moule d’eau douce n’a été recensée sur le site. Pour chacun des groupes taxonomiques mentionnés, de nouveaux suivis seraient nécessaires et permettraient d'actualiser les données existantes et de compléter les listes actuelles.

Enjeux et gestion

Le site - clôturé - est sollicité depuis 1992 pour des actions pédagogiques avec des animations réalisées par la ville d’Antony et la LPO Île-de-France. Pour un meilleur accueil du public, un sentier de découverte a été aménagé sur l'axe de la "Voie verte" (entre la rue Georges Suant ou RD63 à l'est et l'extrémité de la rue Marius Hue à l'ouest), où ont été mises en place différentes stations d'observation orientées sur le cœur de la réserve, en des points stratégiques, selon des thématiques développées et liées notamment à la richesse écologique, au fonctionnement hydraulique et au contexte paysager et historique de la vallée.

Le SIAAP est propriétaire des aménagements du sentier de la RNR du bassin de la Bièvre. Un observatoire ornithologique et une plateforme d'observation en aval sont accessibles à l’occasion de « portes ouvertes » ou d’animations scolaires proposées par la LPO d'Ile-de-France et la ville d’Antony (programmation et renseignements: Ile-de-france@lpo.fr). Le sentier de la RNR comporte des aménagements en accès libre, utilisés par tous, librement et sans procédure préalable. Ils sont situés le long de la voie verte en appui sur la clôture existante du bassin. Deux palissades offrent des possibilités d’observation. Le sentier est jalonné de panneaux pédagogiques qui invitent le visiteur à découvrir le fonctionnement hydraulique et écologique du site. La réalisation de ce sentier a fait l’objet d’une large concertation réunissant l’ensemble des partenaires, en particulier la région Île-de-France, le Conseil départemental des Hauts-de-Seine, les villes d’Antony, de Verrières-le-Buisson, le SIAAP et la LPO Île-de-France. Une attention particulière a été apportée à l’accessibilité du sentier au public à mobilité réduite.

Afin d’identifier et de hiérarchiser le patrimoine naturel du site et d’en évaluer la fonctionnalité, un premier plan de gestion a été rédigé (2013 - 2024). Selon les connaissances actuelles quatre enjeux ont été identifiés et retenus :

  • Maintenir le rôle refuge de la RNR pour la faune et la flore en tant que cœur de nature de la Trame Verte et Bleue en ville ;
  • Améliorer les connaissances sur le patrimoine de la RNR ;
  • Valoriser le patrimoine naturel de la RNR ;
  • Assurer la gestion et la police de la RNR.

Le Bassin de la Bièvre est considéré comme essentiel pour la préservation des espèces; c’est pourquoi il est nécessaire de sauvegarder les sept habitats de la réserve : le Bois d’Ormes à Violette odorantes, la Phragmitaie inondée, la Prairie de fauche des plaines medio-européennes, la Saussaie marécageuse à Saule cendré, la Typhaie, la Végétation à Phalaris arundinacea et la zone rudérale. Pour ce faire, les gestionnaires assurent le développement de la capacité d’accueil pour l’avifaune. La première fonctionnalité du bassin ayant un but hydraulique, des opérations pour concilier la protection des populations contre les inondations et les enjeux avifaunistiques sont prévus. Comprendre le fonctionnement du bassin est nécessaire afin de préserver et de maintenir les espèces aquatiques et celles liées aux zones humides tout en améliorant la qualité de l’eau. La préservation d’habitats hygrophiles est tout aussi importante que celle des habitats forestiers et de la petite zone prairiale. Des opérations d’inventaires complémentaires sont mises en place afin de diversifier les études et d’enrichir la connaissance acquise sur le patrimoine naturel de la réserve.

Pour contacter le gestionnaire

  • Colette Huot-Daubremont  - Responsable du service Protection de la Nature (LPO IDF)

Mail : colette.huot-daubremont@lpo.fr

Tel : 06 23 33 05 35

  • Florence Glock - Chargée de mission biodiversité (SIAAP)

Mail : florence.glock@siaap.fr

Tel : 01 44 75 69 35

Bouvière (Rhodeus amarus) ©Wikicommons
Sarcelle d'hiver (Anas crecca) ©Wikicommons
Callitriche à fruits plats (Callitriche platycarpa) ©G.Arnal
Pipistrelle de Nathusius (Pipistrellus nathusii) ©Wikicommons
Butor étoilé (Botaurus stellaris) ©Wikicommons
Myosotis des marais (Myosotis scorpioides) ©G.Arnal
Criquet verte-échine (Chorthippus dorsatus) ©Wikicommons
Alyte accoucheur (Alytes obstetricans) ©T.Kinet
Repères : 

Superficie : 5,96 ha

Gestionnaires : SIAAP et LPO Île-de-France

Propriétaire : SIAAP

Date de classement : 09/07/2009

Localisation : Antony (92) et Verrières-le-Buisson (91)

Ouverture au public : sur rendez-vous

Contact pour les animations : Aurélie Proust, animatrice nature - aurelie.proust@lpo.fr

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