Liste rouge régionale des oiseaux nicheurs (2018)

Après une première Liste rouge régionale des oiseaux nicheurs publiée en 2012, les statuts des populations franciliennes devaient être mis à jour pour avoir un nouvel état des lieux de leur situation régionale.

LRR oiseaux nicheurs

Comme pour la première Liste rouge régionale, ce travail repose sur une démarche partenariale et une évaluation collégiale. Le comité de 12 experts de l'avifaune francilienne, dont une partie était présente pour la première version, s'est réuni afin de statuer sur la situation des espèces dans la région en s'appuyant sur l'ensemble des données disponibles : les données du STOC et les effectifs de l'atlas des oiseaux nicheurs d'Île-de-France paru en 2016.

39 % des espèces menacées

Sur les 159 espèces évaluées, plus du tiers sont désormais menacées. Si on ajoute à ces espèces celles déjà disparues, on arrive à près de la moitié (47 %) d'espèces menacées ou disparues dans la région. Cette situation alarmante s'analyse par les changements de statuts entre les deux travaux : les véritables améliorations, les véritables détériorations, les espèces occasionnelles devenues régulières, les changements liés à l'amélioration de la connaissance et ceux liés à une application différente de la méthodologie.

Les véritables améliorations

Par rapport à la précédente Liste rouge, six espèces ont changé de statut en raison d'une amélioration des tendances de leurs populations (le Milan noir, la Nette rousse, le Faucon hobereau, le Goéland argenté, le Pouillot siffleur et la Huppe fasciée). Parmi elles, deux ne sont plus menacées : le Milan noir et la Nette rousse, tous deux passés du statut "Vulnérable" au statut "Quasi menacé". Le Pouillot siffleur et la Huppe fasciée sont toujours menacés mais déclassés d'un cran, en raison de leurs effectifs qui ont considérablement augmentés ces dernières années.

Les véritables détériorations

Ce type de changement de statut est malheureusement le plus conséquent pour cette mise à jour, puisque 37 espèces sont concernées. Parmi elles, 19 espèces qui n'étaient pas menacées le sont désormais, dont certaines, comme le Bruant des roseaux, sont passées à trois crans au dessus (LC à EN). Une espèce quitte le banc des menacées pour rejoindre celui des espèces régionalement éteintes : la Pie-grièche grise. Elle nichait régulièrement dans la région jusque dans les années 90, puis occasionnellement jusqu’en 2004. Depuis 2005, aucune nidification n’a été observée.
Parmi ces espèces, dont la situation s'est dégradée, quinze sont spécialistes des milieux agricoles. Ce constat est symptomatique d'une situation qui s'aggrave. Depuis 2004, les espèces spécialistes des milieux agricoles ont décliné de 44 % ! Les milieux agricoles de la région, qui recouvrent la moitié de sa surface, sont majoritairement représentés par une agriculture céréalière sur de grands parcellaires avec peu d’éléments structurant le paysage : les haies et bosquets ayant été supprimés, les mares ayant été comblées, les prairies ayant régressé avec l’arrêt du pastoralisme… A cela, s’ajoute un usage important des pesticides, dont l’emploi a augmenté de 28 % sur la période 2008-2015 contre 22 % au niveau national.
La situation n’est pas forcément meilleure pour les espèces spécialistes du bâti qui ont décliné de 41 % depuis 2004 ! Les causes de ces déclins ne sont encore pas bien connues, même si, pour le Verdier d’Europe, elles pourraient être liées au virus de la Trichomonose.
Le réchauffement climatique pourrait également jouer dans le déclin de certaines espèces affectionnant les forêts fraîches. Notés « Quasi-menacés » [NT] dans la précédente évaluation, on retrouve désormais le Pouillot fitis [EN], le Bouvreuil pivoine [VU] et le Gobemouche gris [VU] parmi les espèces menacées.

Les espèces occasionnelles devenues régulières

D’autres changements sont liés à des espèces non évaluées car récentes ou occasionnelles dans la région, devenues régulières (nicheuses depuis plus de 10 ans). Cela concerne six espèces (le Circaète Jean-le-Blanc, le Canard chipeau, le Garrot à oeil d'or, le Goéland brun, le Balbuzard pêcheur et le Grèbe à cou noir). Ces espèces viennent, par le faible effectif de leur population, renforcer les statuts d’espèces menacées, bien que certaines d’entre elles soient dans des dynamiques favorables et en expansion. D’autres restent tout de même en situation précaire, comme le Circaète Jean-le-Blanc, qui niche depuis plus de dix ans mais dont les effectifs n’évoluent pas, probablement en raison de la capacité d'accueil de la région limitée. Située en limite d’aire de répartition, le site de nidification actuellement connu (forêt de Fontainebleau) peut être soumis à dérangement. D’autres sites favorables pourraient être occupés par l’espèce mais la disponibilité limitée en reptiles et sa dynamique au niveau national stagnante sont peu favorables à cette hypothèse dans un avenir proche.

L'amélioration des connaissances

Les changements liés à l’amélioration de la connaissance ne traduisent pas forcément une évolution réelle des populations des espèces concernées. Des espèces que l’on ne pensait pas nicheuses régulières l’étaient finalement et passent donc de NA à RE (Alouette calandrelle et Fauvette orphée). A l’inverse, le Chevalier guignette semble n’avoir jamais été un nicheur régulier dans la région et passe de DD à NA.
L’augmentation de l’effort de prospection sur l’Engoulevent d’Europe, grâce à l’ANVL notamment, a permis de découvrir de nouvelles localités. Mieux, là où les naturalistes s’attendaient à la trouver, l’espèce était présente. Elle semble par ailleurs avoir bénéficié de la tempête de 1999. L'espèce passe donc de "Quasi-menacée" à "Préoccupation mineure".
Le Bec-croisé des sapins est quant à lui passé de DD à LC. On sait désormais que cette espèce nomade niche chaque année dans les massifs forestiers de Rambouillet et de Fontainebleau, même si ce ne sont pas les mêmes individus observés d’une année sur l’autre. Les effectifs sont donc stables dans la région et le milieu dans lequel on rencontre le Bec-croisé des sapins n’est pas menacé.

Les changements liés à l'application de la méthodologie

Deux espèces seulement sont concernées par ce type de changement, ce qui témoigne tout de même d'une cohérence forte entre les deux Listes rouges. Le Pigeon biset semble avoir été oublié lors de la précédente version puisqu'il n'était même pas cité parmi les NA. Cet oubli est désormais rectifié.
La Pie-grièche écorcheur était classée NT pr. D1 lors de la première évaluation, autrement dit « Quasi-menacée » et proche de correspondre au critère de « population très petite ou restreinte » alors que ses effectifs étaient sous le seuil de vulnérabilité (estimés à 100-150 couples). L’ordre de grandeur reste similaire pour l’atlas des oiseaux nicheurs 2016 et les experts s’accordent à penser que sa population est restée stable entre les deux populations. Selon le critère D1, elle doit donc être classée [VU], et ne bénéficiant a priori pas d’apports extrarégionaux, d’autant plus que l’espèce est en déclin au niveau national, elle ne peut être déclassée d’un niveau.

Les tendances des autres espèces

Parmi les 94 espèces dont le statut n'a pas évolué, les tendances restent cependant variables : 53 espèces présentent des populations stables, 21 ont des tendances en augmentation et 13 sont en déclin (sans pour autant pouvoir justifier un changement de leur statut). Enfin, sept espèces ont des indices trop peu fiables pour pouvoir statuer sur les tendances de leurs populations.

Le fascicule de la nouvelle Liste rouge régionale

Le nouveau fascicule n'est pas encore disponible. Les fichiers téléchargeables sont :

- La Liste rouge régionale sous différents formats

- Le dossier de validation pour l'obtention du label de l'UICN France et du CSRPN

- La présentation des résultats de la Liste rouge régionale lors des Rencontres naturalistes 2018.

informations complémentaires
Catégorie de la ressource: 
Ressources naturalistes
Année de la ressource: 
2018
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