Un bâtiment accueillant la biodiversité à Boulogne-Billancourt

Esquisse d’un suivi écologique de l’école des sciences et de la biodiversité

L'Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France (ARB îdF), s’intéresse à tous les projets innovants qui accueillent de la nature dans la ville. Dans ce cadre, la conception de l’école des sciences et de la biodiversité par les architectes Chartier-Dalix est particulièrement exemplaire pour l’Agence et son réseau. L’architecte Sophie DERAMOND ayant participé à la conception de ce bâtiment, a proposé une visite de l’école des sciences et de la biodiversité à l’écologue Audrey MURATET de l'Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France (ARB îdF). Cette première rencontre a été l’occasion pour Sophie de présenter les différentes étapes de la conception de cet ouvrage notamment du point de vue de sa végétalisation et pour Audrey, de réaliser un état des lieux rapide de la diversité floristique de cet espace et surtout de faire des recommandations pour la mise en place d’un suivi écologique de la biodiversité colonisant ce bâtiment.

Un bâtiment accueillant la biodiversité

Focus sur les façades

Les façades du bâtiment sont particulièrement innovantes : elles sont formées de blocs de bétons préfabriqués décalés les uns des autres avec des variations en profondeur favorisant la création d’anfractuosités, de nichoirs, de surplombs pour l’installation de la flore et pour le gîte de nombreuses espèces animales comme les passereaux, les insectes, les chauves-souris… quelques jardinières ont été placées sur cette façade pour enclencher, favoriser sa végétalisation, quelques godets ont été placés dans les cannelures du béton pour accélérer le processus. Les parties latérales du béton sont rugueuses pour faciliter l’installation et l’accroche des plantes. L’évolution de la façade prendra du temps, c’est un projet à long terme qui suit les rythmes naturels. Le mur débute à 2,20 m au niveau de l’entrée, pour culminer à plus de 14 m sur l’arrière.

Focus sur la toiture

La végétalisation de la toiture est très ambitieuse. La hauteur du substrat (terre végétale en provenance des Yvelines mélangée à du compost) varie de 30cm sur les rampes semées avec un mélange d’espèces de gazon à 50cm pour la partie en prairie semée avec un mélange prairial et jusqu’à 1m20 pour la partie forêt dans laquelle des essences typiques de la chênaie-charmaie ont été plantées. La forêt se trouve au-dessus du gymnase et est supportée par des poutres de 3 m de haut. Un système d’arrosage automatique au goutte à goutte a été installé. La gestion actuelle des prairies est faite par la communauté d’agglomération Grand Paris Seine-Ouest et un grand investissement pédagogique du groupe scolaire est visible sur la toiture : réalisation d’un compost, d’un potager, adoption de poules …

État des lieux des relevés réalisés le 28 juin 2016

Au cours de cette visite, Audrey MURATET a réalisé un relevé de la flore présente en distinguant 4 milieux : les murs, les pieds de murs, les prairies, et la forêt. Au total, 114 espèces végétales ont été observées.

Sophie a transmis à l'Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France (ARB îdF) la liste des espèces qui ont été semées lors du chantier et au cours de compléments ce qui a permis de noter que parmi les 114 espèces recensées, 44 étaient issues des plantations et 70 étaient des espèces arrivées spontanément. La liste de l’ensemble des espèces observées est en annexe.

Sur les murs

Observations : 15 espèces dont 10 espèces spontanées ont été observées. En abondance : les Orpins (Sedum album, Sedum rupestre), la Luzerne cultivée (Medicago sativa) et le Séneçon du Cap (Senecio inaequidens).

Recommandations : Il est très difficile de faire un inventaire des murs vus du sol même avec des jumelles. L’inventaire n’est donc pas du tout exhaustif. On note cependant que la végétation prend sa place sur les murs, encore timidement mais c’est tout l’intérêt de cette expérience : laisser le temps à la nature d’occuper les interstices et de couvrir peu à peu le mur. Les plantations de godets semblent avoir fonctionné et bien jouer leur rôle de catalyseur excepté les fougères qui ne semblent pas avoir pris. Au vu du succès de la végétalisation spontanée, il est proposé de ne pas poursuivre les plantations afin de mieux évaluer la colonisation spontanée de ces murs sans aide humaine.

Pour le suivi écologique des murs, il est à prévoir de faire les relevés avec une échelle ou une nacelle élévatrice. On recommande également de distinguer les 4 versants dans la récolte des données.


Sedum rupestre © Myr MURATET

Au pied des murs extérieurs

Observations : 28 espèces dont 13 espèces spontanées ont été relevées. Les espèces plantées dominent du fait d’un paillage à leur pied qui limite l’installation d’espèces spontanées. Il est intéressant de noter que sur le versant sud, l’absence de gestion d’un espace ouvert a permis l’installation d’une friche riche en espèces, c’est notamment là qu’ont été observés des mésanges charbonnières (2 adultes et 2 juvéniles), les arachnides et les escargots.



En haut à droite : Lysimachia nummularia ; en bas à gauche : Friche installée sur le versant sud ; en bas à droite : Leiobunum sp. © Myr MURATET

Recommandations : La végétation laissée libre, plus touffue (sans paillage) sur le versant sud permet une colonisation plus aisée des murs par la biodiversité.  Si le souhait est de faciliter la colonisation des murs par une faune et une flore sauvage, ce non entretien des pieds des murs semble être un bon catalyseur et serait donc à généraliser pour les autres versants. Il serait également intéressant de faire un inventaire plus approfondi de cette friche en tant que source potentielle d’espèces pour la colonisation des murs du bâtiment.

Dans les prairies

Observations : 52 espèces dont 44 espèces spontanées ont été recensées dans les pelouses et prairies de la toiture de l’école. Sur ces prairies, de nombreuses plantes sont arrivées spontanément depuis les travaux, soit apportées par les oiseaux, soit par le vent, soit dans la terre. Néanmoins le Raygrass et les Bleuets ornementaux sont encore très dominants sur ces prairies.

Recommandations : Il n’est pas nécessaire de ressemer dans les années à venir, le « coup de pouce » des plantations a fonctionné et la végétalisation spontanée se poursuit. Nous préconisons de prévoir une gestion extensive en réduisant le nombre de fauches à 1 par an, si possible une fauche tardive pour aider les insectes liés ces espèces prairiales à boucler leur cycle (papillons, orthoptères). Certains abords peuvent être fauchés plus souvent sur une faible largeur pour montrer que l’espace n’est pas « abandonné » si nécessaire. Le maintien d’une prairie, plutôt qu’une pelouse limitera l’installation d’une trop grande population de pigeons bisets et abritera une biodiversité plus riche en espèces qu’une pelouse.


Cyanus segetum et Lolium perenne. © Myr MURATET

Dans la forêt

Observations : 35 espèces ont été observées dont 19 espèces spontanées. Par endroits, l’ambiance « fourrés » commence à se ressentir mais, les espèces spontanées restent majoritairement des espèces de friche ou de prairie.

Recommandations : La préconisation ici serait de ne rien faire à part suivre l’évolution de la végétation de ce milieu au fur et à mesure de la croissance des arbres pour vérifier une installation d’espèces d’ombre. Les liserons sont très présents mais ne semblent pas causer de dégâts pour le moment, à suivre néanmoins.

 

 

 

 


Lonicera xylosteum. © Myr MURATET

Mise en place d’un suivi écologique

Préconisations sur les groupes à suivre

Nous proposons de suivre en priorité la flore, les oiseaux (avec occupation des nichoirs), les chauves-souris, plusieurs groupes d’insectes à déterminer (pollinisateurs sauvages, orthoptères…) et l’occupation des nichoirs à insectes. Bien que les spécialistes ne soient pas très nombreux nous recommandons de faire également un suivi des mousses qui sont déjà implantées par endroit et des arachnides qui paraissent bien s’installer dans les fissures.


© Myr MURATET

Proposition de planning

Un premier passage en avril pour réaliser une première série de points d’écoute des oiseaux (protocole proposé : Suivi temporel des oiseaux communs, STOC-EPS de Vigie-Nature) présents autour et sur le bâtiment et vérifier l’occupation ou non des nichoirs à oiseaux.

Un passage en mai pour faire des premiers relevés de la flore (début mai) (protocoles proposés : Pour les prairies, Florilèges-prairies urbaines et pour les pieds des murs et les façades, Sauvages de ma rue, à réfléchir pour la forêt…) et une deuxième série de points d’écoute oiseaux (fin mai)

Un passage en juin pour un suivi des chiroptères (protocole pédestre Vigie-chiro de Vigie-Nature)

Un passage en juillet pour compléter l’inventaire par une deuxième série de relevés de la flore et, pour vérifier l’occupation des nichoirs à insectes.

Ce planning est à compléter pour les insectes, les arachnides et les mousses. Dans nos préconisations, nous insistons pour que soient mises en place des adaptations des protocoles Vigie-Nature afin que les résultats obtenus puissent être remis dans un contexte plus large et que les relevés soient comparables entre eux dans le temps. Par ailleurs, nous recommandons également que le programme Vigie-Nature Ecole adapté au monde scolaire soit décliné dans l’école avec les enfants, les enseignants, les personnels périscolaires pour qu’ils puissent, eux aussi, participer au suivi écologique de leur école. Il semble que des enseignants de l’école sont déjà sensibilisés à cette démarche.

Conclusion

Si ces dernières années les végétalisations « industrielles » des façades et toitures se sont multipliées, de plus en plus d’acteurs s’emploient à recréer des écosystèmes aux caractéristiques plus naturelles, favorisant les plantes spontanées et locales, avec moins d’entretien. Le suivi débuté sur cette école démontre l’intérêt de ce type de conception pour la biodiversité. En prévoyant bien en amont une véritable place pour la nature et en pariant sur le long terme pour son installation, les résultats sont là : au bout de 3 ans, la végétation spontanée a colonisé les interstices, les insectes, araignées, mollusques suivent, les oiseaux passent et commencent à s’installer…. À suivre…

Repères : 

4 milieux différents : les murs, les pieds de murs, les prairies et la forêt.
114 espèces végétales observées au total, dont 70 espèces arrivées spontanément !

Documents : 
Contact: 
Chargée d'études flore
01 77 49 76 41
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