Milieux agricoles et ouverts

Témoins de l’activité agricole ancestrale sur les terres fertiles du Bassin parisien, les milieux ouverts sont majoritairement issus des activités agro-pastorales. Ces espaces ont naturellement tendance à se boiser, sauf conditions exceptionnelles d’aridité, de salinité ou d’inondations répétées notamment. Bien qu’anthropiques, ils ont néanmoins la capacité d’accueillir une biodiversité riche différente de celle rencontrée en forêt et constituée d’une grande variété de plantes herbacées, dans le cas des prairies permanentes et d’animaux affectionnant les espaces ouverts.

Les milieux ouverts représentent autour de 18 millions d’hectares en France sur les 28 millions d’hectares occupés par des activités agricoles. Ils couvrent un peu plus de la moitié de l’Île-de-France, dont la majorité est dédiée à l’agriculture. Avec 90% de la surface cultivée occupée par les grandes cultures et une part de cultures biologiques encore minoritaire, l’agriculture francilienne est peu propice au développement de la biodiversité. Les autres milieux ouverts sont composés de surfaces enherbées représentées principalement par les prairies et les pelouses, auxquelles vient s’ajouter le réseau des bandes enherbées séparant les champs et bermes longeant les routes.

La situation de la biodiversité animale et végétale des milieux ouverts est plus critique en Île-de-France que dans les régions voisines, qui présentent pourtant une typologie agricole similaire. Ceci peut s’expliquer par le fort taux d’urbanisation de la région. Les milieux ouverts franciliens abritent une moindre diversité de plantes, y compris les espèces généralistes, que dans les milieux comparables ailleurs en France. La situation est toutefois contrastée entre les différents espaces ouverts. Ainsi, les prairies, accueillent un plus large cortège d’espèces de faune et de flore que les parcelles de grandes cultures.  Les surfaces agricoles ne comptent que 12% à peine de couvert herbacé, soit moitié moins que le seuil critique de 20% nécessaire au maintien d’une biodiversité fonctionnelle. Dans les communes très agricoles (plus de 50% de leur surface cultivée), cette proportion tombe à 7% en moyenne.

Le paysage agricole d’antan reposait sur un équilibre agro-pastoral, estompant les ruptures visuelles et écologiques entre les différents milieux. Les champs, plus petits, étaient alternés de prairies et parsemés d’arbres et de bosquets. Les lisières étaient plus irrégulières et les parcelles étaient entourées de haies (qui servaient généralement à contenir les troupeaux). L’ensemble créait une variété complexe de petits milieux favorables à de nombreuses espèces. Dès le milieu du XXe siècle, le remembrement a conduit à la création de vastes surfaces agricoles dépourvues de toute végétation (hormis les cultures). Cette simplification du paysage va de pair avec une généralisation de la monoculture, ces deux facteurs étant responsables d'un appauvrissement de la biodiversité de ces milieux. La perte de couvert végétal, herbacé et arboré, nuit à la présence d’espèces attachées aux milieux semi-ouverts, en premier lieu desquels ceux qui sont susceptibles de maintenir des fonctions écosystémiques.
Les pratiques agricoles ont également un impact décisif sur la pérennité de la biodiversité. L’usage d’engrais minéraux fragilise les espèces qui affectionnent les terrains pauvres et l’emploi massif de pesticides dans la région ne suit pas la réalité des pressions des organismes bio-agresseurs. Ainsi, en 2010, l’indice Ecophyto mesurant la pression biotique sur les cultures par les ravageurs a été 34% moins élevée qu’en 2008 (année de référence du plan Écophyto), alors que la quantité globale de substance active utilisée n’a diminué que de 5%. Globalement, sur la période 2008-2015, malgré ce plan, l’usage des pesticides a progressé de 28% en Île-de-France et est responsable avec la simplification des terres du fort déclin de la biodiversité des milieux cultivés franciliens.
À ces altérations du milieu s’ajoute la mécanisation extrême du tri des graines, qui pousse les espèces messicoles, telles que Galéopsis des moissons ou le Polycnème des champs, à l’extinction. D’autres sont en danger critique, comme l’Adonis d’été et de la Nielle des blés. L’absence de couvert végétal, herbacé et arboré, nuit à la présence d’espèces attachées aux milieux semi-ouverts, en premier lieu desquels ceux qui sont susceptibles de maintenir des fonctions écosystémiques.

 

Vestiges d’anciennes pratiques agricoles, pastorales notamment, les pelouses calcaires, typiques des coteaux de vallées, abritent une flore particulière telle que la Seslérie bleue, la Polygale du calcaire et de nombreuses orchidées dont l’Orchis pyramidal et l’Ophrys abeille, qui ne se retrouvent pas sur d’autres sols. Les pelouses sablo-calcaires, sur terrains chauds et secs, accueillent une flore encore plus méridionale comme la Coronille naine ou le Cytise couché.

L’Île-de-France compte 28 espèces d’oiseaux que l’on peut qualifier de très spécialistes du milieu agricole. Cinq d’entre elles se sont éteintes au cours des 50 dernières années. Le Tarier des prés, l’Outarde canepetière, le Râle des genêts, la Pie-grièche à tête rousse et le Bruant ortolan fréquentaient autrefois les espaces enherbés de la région et les parcelles de polyculture-élevage, et exploitaient les irrégularités du paysage, telles que des arbres isolés. Associée à cette perte d’habitat, l’arrivée des pesticides, responsables de la diminution des stocks de proies, n’a fait que précipiter la disparition de ces espèces.
Les espèces adaptées aux grandes cultures subissent aussi les effets de pratiques incompatibles avec le maintien de la biodiversité : moissons précoces qui compromettent la survie des petits des busards notamment, pesticides qui tuent les passereaux granivores, etc.

Les petits mammifères sont capables de vivre dans des milieux ouverts alternés de milieux boisés : belette, musaraigne, blaireau, chat sauvage, muscardin, musaraigne, etc. L’uniformisation des grandes cultures ne leur convient pas, et alors que nombre d’entre eux constituent de précieux auxilliaires contre les campagnols, ils continuent de faire l’objet de destruction ciblée par tir, piégeage et empoisonnement. Plusieurs petits et moyens mammifères, comme les mustélidés, les renards, les blaireaux, sont mêmes classés comme « nuisibles », ce qui semble d’un autre temps. Les milieux ouverts accueillent encore de nombreux lièvres, tolérants aux grandes cultures, et une population importante de chevreuils s’est adaptée aux grandes cultures et effectue désormais tout son cycle de vie en dehors de la forêt.

 

Les reptiles se réfugient dans les zones herbacées, lisières irrégulières, haies, landes, zones humides : des milieux  en régression. Ainsi, Vipère péliade, Coronelle lisse, Couleuvre à collier, lézards vivipares ou encore Lézard des souches voient leurs habitats, et leur capacité à y circuler, réduite.

Les zones humides sont particulièrement prisées des amphibiens. En milieu agricole, elles sont rares, mais il reste encore d’assez nombreuses mares, issues pour beaucoup d’activités humaines : anciens abreuvoirs, anciens lavoirs… Le passage des tracteurs sur les champs construits sur d’anciennes zones humides créent des dépressions qui se remplissent temporairement d’eau au printemps : les mouillères. Celles-ci abritent une flore et une faune très rares et typique des milieux à éclipse. L’Île-de-France est une des rares régions de métropole qui accueille les cinq espèces de tritons existant en France et porte à ce titre une responsabilité quant à la préservation de leurs habitats. Le Crapaud commun, le Pélodyte ponctué, le Crapaud calamite peuplent aussi les milieux humides agricoles mais la rareté, l’état de conservation et l’isolement des points d’eau sont des facteurs défavorables.  

 

Sur les 135 espèces de papillons de jour recensées en Île-de-France 18 sont déjà éteintes. La richesse en nombre d’espèces de papillons connaît un déclin de 45% dans les grandes cultures dépourvues de bordures végétales contre seulement 15% dans celles avec bordures. Le déclin général des invertébrés, dû en particulier aux pesticides, se reflète sur les populations de leurs prédateurs. La disparition des prairies humide provoque le déclin d’autres espèces, comme le Mélibée et le Cuivré des marais. Les zones humides ont été trop souvent asséchées pour faire place aux cultures, aux plantations de peupliers et, bien sûr, à l’urbanisation.
La régression des pelouses calcaires a fait disparaitre les espèces de papillons de jour qui y vivaient. Les Maculinea, azurés qui font l’objet d’un plan de protection national, ont également disparu avec les pelouses, les prairies et les landes. Insectes caractéristiques des milieux ouverts, les orthoptères sont dans un état de conservation préoccupant. La raréfaction de leurs milieux, comme les prairies et leur morcellement les contraignent, comme d’autres espèces, à battre en retraite sur des aires de plus en plus restreintes et/ou dégradées, dans les zones « non gérées » sous les pylônes électriques, par exemple

 

Les pelouses franciliennes tendent à régresser, suivant l’évolution naturelle du milieu vers la végétation climacique forestière, suite à l’abandon du pâturage extensif. Les espèces qui y sont inféodées sont donc menacées.
Les prairies doivent également être pâturées et fauchées pour conserver leur état. Généralement peuplées d’une flore à la fois semée et spontanée, elles sont menacées soit par leur abandon, donc l’arrivée d’une strate ligneuse, soit par l’intensification des pratiques, notamment le labour, qui réduisent considérablement la variété des espèces.

La conversion écologique des milieux agricoles, par l’intégration de polycultures associées et d’arbres dans les parcelles, pourrait faire prospérer un large cortège d’espèces d’invertébrés (Carabidés, Hyménoptères, Punaises, Araignées, Syrphes), mais aussi d’oiseaux et d’autres familles actuellement menacées. Les pratiques agricoles malmènent la partie la moins visible de l’écosystème qu’est le sol. La vie du sol, encore peu connue, représenterait la plus importante biomasse terrestre. Les vers de terre à seuls comptent pour 80% de la masse des invertébrés terrestres. Ceux-ci sont particulièrement vulnérables au labour et à l’emploi de pesticides. Leurs densité dans les sols agricoles d’Île-de-France est bien en-deçà de celles observées ailleurs en France et dans d’autres pays. En agriculture biologique, les vers de terres sont plus nombreux. C’est dans les prairies que la faune du sol est la plus abondante et la plus diversifiée car la production d’humus y est moins perturbée, par l’absence de travail du sol, ce qui évite la minéralisation et préserve une grande diversité florale.

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