Les milieux urbains en Île-de-France

L’Île-de-France est la région la plus urbanisée de France, notamment les quatre départements centraux de Paris et la petite couronne qui représentent 6% de la surface totale de la région, soit 762 km². Les espaces urbains y couvrent 85% de la surface, contre seulement 20% dans le reste de la région.

La densité humaine de Paris et la petite couronne est la plus élevée de France et l’une des premières d’Europe, avec 8600 hab/km². Ce contexte est a priori peu favorable à l’épanouissement de la biodiversité. Près de 10% (74 km²) de ce territoire est cependant identifié comme réservoir de biodiversité par le Schéma Régional de Cohérence Écologique de la région Île-de-France. Il s’agit principalement des forêts de Meudon, Notre-Dame, Saint-Cloud, Bondy, Saint-Martin, du bois de Bernouille et des deux bois parisiens.

Ces réservoirs, et plus généralement les massifs boisés en ville, souffrent d’une forte fragmentation qui compromet la survie des populations.
Les milieux ouverts sont encore plus restreints et fragmentés. Ils ne représentent que 4,4% du territoire de Paris et sa couronne, notamment parce que les surfaces agricoles enserrées dans le tissu urbain (2,4% de la surface totale) ont tendance à être bâties. Les milieux herbacés, qui constituent les 2% restants, sont dispersés en petits fragments à travers le territoire. Les pelouses des aéroports comptent pour la moitié de ces surfaces.
Les friches, par nature temporaires, couvrent 1,5% de ce territoire (ce chiffre reste néanmoins certainement sous-évalué du fait de la difficulté de cartographier ces espaces très mouvants) et ont un rôle important d’accueil de la biodiversité grâce à leur relative tranquillité par rapport aux autres espaces verts gérés. Les friches de Seine-Saint-Denis accueillent par exemple un tiers de la biodiversité observée dans le département.
Les espaces verts récréatifs couvrent 8,4% de ce territoire et offrent un potentiel d’accueil de la biodiversité, particulièrement lorsqu’ils sont gérés de façon écologique.

Le réseau de cours d’eau s’articule autour de la Seine et la Marne qui constituent des corridors écologiques pour la faune et la flore des milieux aquatiques et humides. Si la qualité physico-chimique des cours d’eau est en amélioration – meilleure dans les deux grands axes que dans les cours mineurs, étant donné leur plus grande capacité de dilution – l’état biologique, et par conséquent écologique, des cours d’eau est globalement mauvais. En cause, les lits naturels modifiés, endigués, des berges bétonnées, voire des rivières busées ou enterrées.

Les milieux humides sont les espaces naturels les plus rares en petite couronne en grande partie drainés pour laisser place à l’urbanisation. Aujourd’hui, la plupart des zones humides existantes ont une origine artificielle comme le lac de Créteil, la Réserve Naturelle du Bassin de la Bièvre, les marais et roselières du parc du Sausset, du parc Georges-Valbon, ou encore de la Haute-Île. Ces milieux abritent certaines espèces à enjeu au niveau européen comme le Blongios nain.

Les conditions de vie en ville sont difficiles pour les plantes où les sols souvent imperméabilisés, tassés, secs, enrichis en azote ou pollués limitent leur développement et celui de leur faune associée (pollinisateurs, disperseurs). Certaines plantes parviennent cependant à tolérer ou à s’adapter à cet environnement contraint. Les espèces capables de croître sur des sols riches en azote - dites nitrophiles - comme l’Ortie dioïque, pollinisées  et dispersées par le vent comme le Dactyle aggloméré, ou encore les plantes annuelles, bouclant rapidement leur cycle de vie comme le Pâturin annuel sont très présentes en ville. Quelques rares espèces sont même présentes uniquement dans le cœur de l’agglomération tel le Torilis noueux qui affectionne les pelouses piétinées et tondues, ou le Passerage des décombres qui apprécie les endroits minéralisés.

Le milieu urbain accueille aussi des champignons dans les parcs. La faible présence de bois mort limite le développement de la fonge saprophyte mais de nouvelles pratiques de gestion écologique faisant appel au bois raméal fragmenté pour la couverture des sols permettent d’attirer les champignons décomposeurs (basidiomycètes, actinomycètes…) qui jouent un rôle crucial dans la production d’humus et rendent les nutriments disponibles pour d’autres organismes.

Les inventaires réalisés par la LPO Île-de-France (anciennement le CORIF) ont permis de recenser 65 espèces d’oiseaux nicheurs dans Paris intra-muros à la fin des années 2000. Le cas des quelques espèces attire l’attention. Des espèces rares comme le Martin pêcheur d’Europe et le Faucon Pèlerin se reproduisent en petite couronne et les goélands, friands de déchets humains, nichent dans les immeubles hauts, qui servent de substitut à leurs falaises d’origine. Les Rougequeue noirs et les Martinets noirs se sont également adaptés aux immeubles ; certains, comme les Pigeons colombins, mettent à profit les pots de cheminée des toits parisiens qui remplacent avantageusement les cavités arborées des forêts dont ils sont originaires.
La diversité d’oiseaux est soumise à la densification graduelle du tissu urbain. Gérés de façon écologique, les parcs, comme celui des Beaumonts à Montreuil, ou Georges Valbon à La Courneuve, peuvent accueillir des espèces très rares dans la région. Ces grands espaces verts fonctionnent comme des oasis pour les migrateurs sur leur trajet entre l’Europe du Nord et l’Afrique.

Peu d’espèces de mammifères sont capables de prospérer en milieu urbain. Leurs déplacements sont rendus particulièrement difficiles par le réseau des infrastructures de transport, et si certaines forêts urbaines présentent des capacités d’accueil intéressantes (la forêt de Meudon, par exemple), les possibilités d’échange avec les autres massifs boisés sont presque nulles. Près des cours d’eau, les berges, presque entièrement artificialisées rendent la circulation des mammifères aquatiques difficile. Les mammifères disposent par ailleurs de peu d’espaces de quiétude : ce sont surtout les friches qui permettent aux renards et aux fouine de se reproduire…
Les mammifères volants, représentés par les chauves-souris, sont parvenus à cohabiter avec l’humain depuis qu’il vit dans des villes mais les bâtiments modernes les privent désormais de sites de nidification et d’hibernation. Les contraintes de sécurité des espaces verts sont peu compatibles avec le maintien de vieux arbres favorables à ces espèces. L’éclairage nocturne et la circulation routière contribuent à rendre la ville inhospitalière pour les chiroptères.
Les amphibiens, dépendants des zones humides et de leurs connexions, sont sans surprise plutôt rares en ville. Ils se retrouvent dans les massifs boisés à l’image des 1200 Grenouilles rousses  et 26000 Crapauds communs comptés lors de leur migration à l’étang de l’Ursine en forêt de Meudon en 2001. Les reptiles sont également très localisés et en petites populations dans quelques parcs. Les pratiques des gestionnaires d’espaces verts : uniformisation végétale, espaces « propres », tontes fréquentes et usage de pesticides, conduisent à une régression des effectifs, notamment chez le Lézard des murailles et l’Orvet fragile. L’interdiction des pesticides dans les espaces verts publics depuis janvier 2017 est encore insuffisante, car elle exclut certains lieux tels que les cimetières, très fréquentés par le Lézard des murailles. La forte prédation des chats domestiques pourrait aussi expliquer le déclin des reptiles.

Les animaux qui tirent le mieux parti du milieu urbain sont les invertébrés volants, surtout depuis l’interdiction de l’usage des pesticides dans les espaces verts. Les pollinisateurs trouvent à se nourrir sur les nombreuses plantes qui ornent les balcons, les jardins et les parcs. Les friches, talus ferroviaires et autres espaces qui ne sont pas tondus ou traités fréquemment peuvent accueillir des insectes. La gestion plus écologique des jardins, qui devrait se développer dans les années à venir, permet l’installation de nombreuses espèces de pollinisateurs mais aussi d’invertébrés terrestres comme des mollusques, des arachnides et autre micro animaux du sol.

Les forêts urbaines sont bien sûr des habitats privilégiés pour ces espèces mais le piétinement intensif qu’elles subissent dégrade le sol et affecte certaines populations d’invertébrés. Néanmoins les coléoptères (l’une des familles d’invertébrés qui compte le plus d’espèces) peuvent s’accommoder de petits habitats et certaines espèces ont valeur de bioindicateurs quant à la santé des milieux. Il se trouve que les Bois de Boulogne et Vincennes abritent encore plusieurs d’entre elles dont le Grand Capricorne et le Lacon des chênes. Ils témoignent de la diversité non négligeable de l’entomofaune dans ces espaces. 

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Chargée d'études flore
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