Les milieux humides en Île-de-France

Un milieu humide est caractérisé, d’après La loi sur l'eau comme étant « un terrain, exploité ou non, habituellement inondé ou gorgé d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ». C’est donc l’hygromorphie d’un sol et sa végétation qui permettent de savoir si l’on a à faire à une zone humide ou pas.

En France, en 2011, les milieux humides couvraient 2,4 millions d’hectares. On estime que 52% d’entre eux ont été dégradés entre 2000 et 2010. Représentant environ 2,8% de la superficie d’Île-de-France, ces milieux sont aujourd’hui généralement des plans d’eau d’origine artificielle, notamment issus de carrières.

Longtemps considérés comme insalubres et vecteurs de maladies, les milieux humides stagnants, écologiquement riches, ont été asséchés pour libérer de l’espace cultivable ou urbanisable. Les cours d'eau constituaient les principaux axes de navigation du Moyen-Âge jusqu’à l’ère industrielle. Le fleuve occupait une place importante dans la société et les villages étaient bâtis sur les points hauts, à la limite des crues majeures. Les villes les enjambaient rarement, elles se trouvaient généralement sur une seule rive, ce qui préservait une zone d’expansion sur l’autre rive.
La course au développement qui a marqué le XXe siècle a conduit à la perte d’environ la moitié de la surface des milieux humides dans le monde, avec les mêmes proportions en France et en Île-de-France.

La connaissance actuelle plus poussée des milieux humides montre leur importance dans l’écosystème tout entier et leur rôle dans la gestion des crues. Rapporté à leur surfacen ils concentrent la biodiversité la plus dense.

Les différents types de milieux humides présents en Île-de-France

Les cours d’eau permanents et intermittents, dont 4557 km et 3785 km respectivement coulent en Île-de-France sont largement altérés. Dans l’espoir de dompter les flots en cas de crue, l’homme a enserré de nombreux cours dans des canaux et artificialisé les berges, si bien que seules 1/3 d’entre elles se trouvent dans un état de conservation favorable. L’urbanisation conduit également à l’artificialisation des abords des cours d’eau et privent la biodiversité d’espaces vitaux. La présence d’obstacles : moulins, petits barrages et écluses, perturbe le transport des sédiments – qui façonnent les cours d’eau – et le déplacement des poissons.
Les petits cours d’eau de tête de bassin, parfois à peine visibles, abritent une biodiversité remarquable très sensible aux aménagements (comblement, busage, etc). Dans une région agricole telle que l’Île-de-France, les eaux sont polluées par les produits phytosanitaires, mais aussi par le ruissellement d’eau souillée, provoqué par l’imperméabilisation et les rejets industriels.

Les milieux humides associés aux cours d’eau : prairies inondables dans le lit majeur, roselières, forêts alluviales, marais de fond de vallée. Les prairies qui jouxtent les cours d’eau sont les milieux les plus couramment transformés en champs en partie à cause de la canalisation et de la rectification des cours, qui privent ces zones des crues. Logiquement, les ripisylves pâtissent tout autant de l’intervention humaine. La Seine et la Marne sont les cours les plus anthropisés. Les aménagements « verts » ne sont pas moins destructeurs. Les roselières, forêts alluviales et marais qui peuplaient jadis de nombreuses vallées ont cédé la place à des peupleraies, qui n’abritent qu’une faible biodiversité.

Les plans d'eau : leur superficie totale (de plus de 2000m²) a augmenté de 36% entre 1982 et 2008, pour arriver à 8200 ha. Plus de la moitié de cette surface résulte de de la mise en eau de carrières. D’autres ont été créés pour la rétention des eaux de pluie voire la décantation des effluents des sucreries. Ces zones artificielles peuvent accueillir une biodiversité non négligeable si elles sont pensées pour cela.

Les mares et mouillères, plus petites que les plans d'eau, constituent quant à elles un maillage écologique essentiel pour les amphibiens, les odonates et autres invertébrés aquatiques.

Les marais, dont la plupart a été asséchée au cours du siècle dernier. Si certains sont désormais relativement protégés, la populiculture sauvage se fait encore en lieu et place des marais dans certains secteurs tels que la vallée de l’Ourcq.

Faune et flore des milieux humides

Les milieux humides accueillent une biodiversité riche, parfois exclusive, si bien que 30% des espèces végétales d’Île-de-France menacées vivent dans ces milieux.

La canalisation et la banalisation des cours d’eau et l’assèchement des marais menacent la flore qui vit dans ces espaces, telle que la Violette élevée et la Sanguisorbe officinale, ou les espèces associées aux grèves et aux étiages comme le Sisymbre couché
L’eutrophisation, provoquée notamment par les rejets agricoles, se traduit par une surabondance de nutriments dans le milieu et menace les espèces qui sont, au contraire, oligotrophes. Ainsi, le Fluteau nageant ou quelques rares plantes carnivores (Droséra intermédiaire) ou encore les utriculaires ne se rencontrent plus qu’en quelques endroits des massifs de Rambouillet et Fontainebleau principalement.

 

Environ 30% des espèces oiseaux nichant en Île-de-France dépendent des milieux humides, mais le nombre d’espèces augmente considérablement en périodes de migration et d’hivernage. Le réaménagement de carrières avec création d’îlots attire des espèces autrefois rares parmi les canards (Fuligule morillon, Nette rousse…), les mouettes et sternes, etc. D’autres espèces plus sensibles se sont éteintes ou sont très menacées, comme la Bécassine des marais. Les espèces inféodées aux prairies humides, aux roselières et aux grandes étendues d’eau peuplées de végétation aquatique sont menacés par la raréfaction de ces milieux. En outre, la taille restreinte des zones humides et leur état écologique défavorable limitent l’accueil des oiseaux migrateurs ce qui peut compromettre leur survie.

 

Les milieux humides sont l’habitat exclusif d’une poignée d’espèces de mammifères. Parmi elles, le Campagnol amphibie, la Musaraigne aquatique et le Castor. La dégradation du milieu, associée à d’autres facteurs humains (usage de biocides, collisions routières…), fait décliner leurs effectifs. Disparus pendant plusieurs décennies, la loutre et le castor ont, à l’inverse, commencé à revenir dans la région.

 

Seules deux espèces de reptiles, la Couleuvre à collier et la Couleuvre vipérine dépendent des milieux humides d’Île-de-France. Ces animaux affectionnent les petits cours d’eau, comme les rus, en milieux ouverts, des espaces rarement intégrés aux mesures de protection et sujets à diverses altérations : comblement, assèchement, etc.

 

Les amphibiens, qui comptent 16 taxons dans la région, sont tributaires des milieux aquatiques déconnectés des cours d’eau pour y pondre. Ces zones, souvent libres de poissons, sont en effet plus propices à la survie des pontes. Certaines espèces sont encore communes (Crapaud commune, Grenouille agile…) mais toutes subissent les effets de la dégradation et de la fragmentation des milieux naturels, notamment par les axes routiers qui tuent des d’innombrables individus migrant vers leur lieu de reproduction.

 

L’Île-de-France voit passer plusieurs espèces de poissons migrateurs par la Seine et ses affluents. Le saumon atlantique, la Grande Alose, l’Esturgeon, la Truite de mer, ou encore l’Anguille. Ils font face aux mêmes contraintes de destruction des milieux que d’autres taxons, auxquelles s’ajoutent l’artificialisation des lits, les obstacles (écluses, barrages, etc), la surpêche et l’introduction d’espèces exotiques.
Les poissons sédentaires ont besoin de milieux humides complexes. Le Brochet, par exemple, pâtit de la disparition des prairies inondables connexes au lit mineur. La restauration des milieux aquatiques conditionne également la survie des deux espèces de lamproies qui fréquentent les eaux d’Île-de-France. La Lamproie de Planer, très sensible aux pollutions et à la qualité des sédiments, et la Lamproie marine, très rare, ont des taux de reproduction faibles. Leur survie est donc particulièrement mise à mal par la présence d’obstacles sur leur route de frai.

 

Les crustacés d’eau douce sont représentés par quelques espèces indigènes en Île-de-France. Les plus célèbres étant les deux espèces d’Écrevisses, l’Écrevisse à pattes blanches et l’Écrevisse à pattes rouges. Leurs principaux ennemis sont la pollution des cours d‘eau et les espèces exotiques introduits, plus adaptables et porteuse de « la peste des écrevisses ».

D’autres groupes d’invertébrés aquatiques demeurent mal connus. Chez les crustacés phyllopodes, Chirocephalus diaphanus, Lepidurus apus et Tanymastix stagnatilis seraient en déclin. Parmi les mollusques, la Mulette épaisse est inscrite en Annexe II de la Directive Habitats et observé dans plusieurs stations. Les connaissances des autres espèces sont trop faibles pour déterminer les tendances de leurs populations.

 

Les populations d’insectes aquatiques suivent également le déclin des milieux humides dont elles dépendent. Les lépidoptères (papillons) et les orthoptères (criquets, grillons, sauterelles) occupent des milieux complexes tels que les roselières, les forêts alluviales, les prairies, les tourbières… Leur état de conservation est globalement mauvais. Certaines espèces ont totalement disparu de la région. Certaines mesures de protection, comme le plan régional d’action Odonates et la création d’Espaces Naturels Sensibles, bénéficient à quelques espèces d’Odonates, plus mobiles. Néanmoins, 13 des 57 espèces que compte l’Île-de-France sont menacées. Si l’amélioration des connaissances et des suivis devraient permettre d’établir des outils de protection adaptés, elle met également en lumière le déclin voire la disparition régionale de certaines espèces.

Les insectes Éphémères, Plécoptères, Trichoptères et Névroptères comptent parmi les meilleurs bio-indicateurs des milieux aquatiques. Leur mauvais état de conservation témoigne de la dégradation des milieux humides. L’eutrophisation des cours d’eau du fait des intrants d’origine agricole et les pollutions liées notamment aux pesticides ont conduit à une raréfaction voire une disparition des espèces les plus exigeantes.

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