La réserve naturelle régionale des Seiglats

29 juin 2020

 

La Réserve Naturelle Régionale (RNR) des Seiglats, d’environ 62 ha, est une ancienne carrière alluvionnaire exploitée dans les années 1970. Située dans un méandre de l’Yonne, sur la commune de Cannes-Ecluse en Seine-et-Marne, elle intègre un ensemble d’anciennes carrières liées aux premières extractions de granulats alluvionnaires. La réserve n’a depuis bénéficié que de peu de réaménagements donnant naissance à un imposant plan d’eau profond (plus de 62% de la surface du site) dominant la RNR. Cet étang qui ne gèle pas en hiver de par sa grande taille est particulièrement attractif pour l’avifaune en cette saison. Il est ainsi possible d'y retrouver la Nette rousse (Netta rufina) ou encore le Fuligule milouin (Aythya ferina) et le Fuligule morillon (Aythya fuligula) occupant le plan d'eau par centaines.

La réserve accueille également un cortège d'oiseaux nicheurs remarquables (rapaces, pics, passereaux) dans les milieux semi-ouverts, plus secs tels que la ripisylve. L'autre atout du site réside dans la mosaïque d'habitats qu'il abrite, et notamment ses groupements végétaux aquatiques et ses pelouses calcaires, qui présentent tous deux un intérêt patrimonial fort.

Le site a été classé en « Réserve naturelle régionale » sous délibération du Conseil régional dÎle-de-France du 9 juillet 2009. La réserve intègre un territoire d’une superficie totale de 282 ha faisant l’objet d’un arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB) dénommé « Plans d’eau de Cannes-Ecluse ». Elle est également comprise dans le périmètre de la Zone de Protection Spéciale (ZPS) « Bassée et plaines adjacentes » d’une superficie de plus de 27 000 ha.

Aussi, la réserve s’inscrit partiellement dans une Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique (ZNIEFF) de type 1 « Plans d'eau de Cannes-Ecluse » elle-même incluse dans une ZNIEFF de type 2 « Basse vallée de l'Yonne ».

Le Périmètre Régional d’Intervention Foncière (PRIF) dit « des Seiglats » a été créé par délibération de l’Agence des espaces verts de la région Île-de-France (AEV), gestionnaire de la réserve, et du Conseil régional avec pour surface 282 ha. Depuis la création de ce PRIF, près de 87 ha ont été acquis en jouissance, dont les parcelles classées en RNR. Ces dernières sont donc la propriété du Conseil régional.

La RNR des Seiglats se compose essentiellement de milieux jeunes et issus d’un fort remaniement. Associé à ces stades pionniers, on note la présence d'îlots de végétation vieillissante sur les ripisylves et les bras morts de l'Yonne. L’après carrière n’a en revanche pas connu d’aménagements. Le site se compose donc d’un ensemble de zones humides alimentées par la nappe de la craie et par la nappe d’accompagnement de l’Yonne. Ce vaste ensemble constitue une mosaïque d’habitats variés (étangs, ripisylves, marais, roselières, pelouses à orchidées, etc.). En effet, 12 types d’habitats y ont été cartographiés dont deux présentent une valeur patrimoniale : les groupements de petits potamots et les bois de frênes et d’aulnes. Les pelouses alluviales et humides du Mésobromion accueillent quant à elles l’une des deux seules espèces végétales protégées en Île-de-France du site : l'Euphorbe à ombelles jaunes (Euphorbia flavicoma ssp. verrucosa), inféodée aux pelouses et aux friches de la RNR. L’autre étant, la Cuscute d’Europe (Cuscuta europaea), une herbacée parasite d’autres herbacées comme l’Ortie dioique (Urtica dioica) ou la Tanaisie (Tanacetum vulgare), inféodée à la megaphorbiaie et aux lisières nitrophiles de la réserve. Cette dernière est classée comme étant « vulnérable » sur la Liste rouge régionale. Ces deux espèces protégées ainsi que la Menthe pouliot (Mentha pulegium) non revue depuis 2004 et aujourd’hui recherchée dans la RNR, ont été retenues parmi les 238 espèces comme possédant une valeur patrimoniale forte sur le site. La plupart des espèces recensées sur le site sont des espèces pionnières liées aux milieux secs telles que la Chondrille effilée (Chondrilla juncea), l'Héliotrope d'Europe (Heliotropium europaeum) et le Galéopsis des moissons (Galeopsis segetum) ou, aux milieux humides telles que la Grande Naïade (Najas marina) classée comme étant « en danger » sur la liste rouge régionale.

Actuellement, l'état de connaissance des différents groupes taxonomiques est variable. Certains groupes d'espèces ont fait l'objet d'inventaires poussés depuis longtemps ou ont été explorés dans le cadre d'études spécifiques récemment réactualisées tandis que d'autres sont encore mal connus sur le site. A titre d'exemples, certains groupes d'insectes ont fait l'objet d'une réactualisation des connaissances tandis que les micromammifères, les orthoptères ou encore les coléoptères sont encore mal connus au sein de la RNR. Le cortège de l’ichtyofaune (les poissons) est quant à lui très bien connu, de même que les oiseaux, les odonates ou les reptiles. 

Avec la flore, l’avifaune est un autre point fort du site avec environ 120 espèces contactées. 18 espèces contactées sont considérées comme présentant un intérêt patrimonial. Parmi les espèces à plus forts enjeux, on compte : le Canard chipeau (Anas strepera) pour lequel la fréquentation annuelle en hiver est irrégulière, le Fuligule morillon (Aythya fuligula), la Sterne pierregarin (Sterna hirundo) et, le Martin pêcheur d’Europe (Alcedo atthis). Les berges sont particulièrement favorables à l’alimentation de ce dernier du fait de la présence de nombreux perchoirs naturels et de berges en pente douce. En période hivernale, l’étang accueille un grand nombre d’oiseaux d’eau tels que la Sarcelle d’hiver (Anas crecca), le Héron cendré (Ardea cinerea) ou encore, le Fuligule milouin (Aythya ferina) et le Fuligule morillon (Aythya fuligula) qui se regroupent en nombre (pics à plus de 300 individus pour le Fuligule morillon). Les effectifs notés du Grèbe huppé (Podiceps cristatus) atteignent les 90 individus présents en même temps sur le site, ce qui est assez exceptionnel dans le sud du Département. Au niveau régional, ce sont donc des effectifs importants que l’on retrouve dans cette grande étendue d’eau, lieu de quiétude fournissant les ressources alimentaires nécessaires au ravitaillement de ces oiseaux qui font une halte sur la réserve avant de pouvoir reprendre leur migration. 

Sur l’ensemble des espèces d’oiseaux contactées sur le site, 43 espèces ont déjà été recensées comme étant nicheuses sur le site telles que, le Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula), le Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus) classé comme étant « en danger » (EN) sur la Liste rouge des oiseaux nicheurs d'Île-de-France, la Fauvette babillarde (Sylvia curruca) ou encore, les Pics noir (Dryocopus martius) et épeichette (Dendrocopos minor). La Sterne pierregarin listée comme étant « en danger » sur la Liste rouge régionale des oiseaux nicheurs, bien qu’observée chaque année sur le site, n’a plus été recensée comme nicheuse du fait de la destruction de la plateforme de nidification en 2009 et de l’absence d’îlots graveleux sur le site limitant ses possibilités de nidification. Cependant, d’après les données disponibles, il semblerait que ces dernières années, le site soit moins attractif pour l’avifaune nicheuse et hivernante. En effet, d’après les gestionnaires du site, les effectifs d’hivernants seraient moindres aujourd’hui. Ces observations d’hivernants en nette diminution peuvent être liés à :

  •  La configuration du site avec un nombre de caches et de zones refuges (un seul îlot et un faible développement de végétation herbacée de bordure) qui pourrait être insuffisant ;
  • La visibilité trop importante du chemin depuis le plan d’eau et les usages dérangeants la faune (activités de pêche sur le plan d’eau, etc.).

Ont également été mentionnés sur le site, le Grèbe jougris (Podiceps grisegena), espèce classée comme étant « en danger critique d’extinction » à l’échelon national et le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus) « en danger » à l’échelle régionale.

La diversité d’habitats convient également aux odonates avec 27 espèces recensées sur la réserve dont quatre espèces déterminantes de ZNIEFF : la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii) classée comme étant « vulnérable » (VU) en Île-de-France et inscrite sur les Annexes II (liste des espèces d’intérêt communautaire) et IV (mesures de protection des dites espèces) de la Directive Habitats, le Gomphe à pinces (Onychogomphus forcipatus), le Gomphe à pattes noires (Gomphus vulgatissimus) et, la Libellule fauve (Libellula fulva). Au sein du cortège de lépidoptères, 25 espèces de papillons de jour ont été recensés telles que le Flambé (Iphiclides podalirius), le Petit-mars changeant (Apatura ilia), une espèce typique des boisements inondés, et dont la chenille se développe sur les peupliers noirs et blancs, ainsi que sur les saules et, la Grande tortue (Nymphalis polychloros) ; toutes trois déterminantes de ZNIEFF en Île-de-France.

Peu de mammifères y ont été observés; six espèces de chauves-souris (toutes les espèces de chiroptères sont protégées à l’échelle nationale), utilisent le site comme lieu de chasse et de repos. Trois d’entre elles sont classées comme étant "quasi menacées" (NT) sur la Liste rouge régionale : la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), la Noctule commune (Nyctalus noctula) et, la Pipistrelle de Nathusius (Pipistrellus nathusii), rare en Île-de-France.

Le site présente un faible intérêt pour les reptiles (deux espèces : le Lézard des murailles et la Tortue de Floride) et les amphibiens (trois espèces : la Grenouille rieuse, la Grenouille verte et la Grenouille rousse). L’étude hydrologique de 2018 a permis un inventaire relativement exhaustif des espèces de poissons du site. Dix espèces sont présentes sur le site, dont plusieurs sont considérées comme exotiques envahissantes telles que la Perche soleil (Lepomis gibbosus) ou encore le Silure glane (Silurus glanis). Cette récente étude permet également de mieux appréhender le fonctionnement du réseau hydrologique du site et de mieux comprendre les interactions entre les milieux aquatiques et connexes. L’empreinte humaine sur ces milieux est l’une des principales caractéristiques du site, mais les travaux de restauration et de gestion menés au sein de la RNR ont permis d'en restaurer le fonctionnement écologique naturel. D’autres projets de renaturation sont à l’étude, pour essayer notamment de favoriser le développement des espèces à enjeux.

Cinq enjeux principaux ont été identifiés lors de l'élaboration du plan de gestion du site en 2012, selon les connaissances du site, la valeur patrimoniale des habitats et des espèces ainsi que les activités humaines :

  1. Mieux comprendre le fonctionnement hydrologique du site pour assurer voire optimiser la conservation des habitats et des espèces ;
  2. Garantir le maintien de conditions d'accueil favorables à l'avifaune hivernante et migratrice et, favoriser la nidification des espèces affiliées aux marais ;
  3. Veiller à la conservation des milieux connexes au plan d'eau (milieux ouverts humides ou hygrophiles, boisements) ;
  4. Accueillir le public dans de bonnes conditions et dans le respect des enjeux écologiques ;
  5. Être en mesure d'assurer la gestion administrative de la réserve et sa représentativité au sein des différents réseaux et instances régionales et nationales.

Plusieurs études et travaux ont été réalisés ces dernières années pour répondre à ces enjeux. L’étude hydrologique de 2018 a permis de mieux appréhender le fonctionnement du site, et permet d’envisager des travaux de restauration des milieux naturels pour les prochaines années. Les inventaires écologiques et les suivis naturalistes effectués sur le site permettent d’améliorer les connaissances sur les espèces et les enjeux mais aussi d’adapter la gestion et l’entretien du site à leur évolution. Aussi, différentes pistes sont actuellement à l'étude pour permettre de consolider l’accueil du public sur le site.

La vocation de la RNR à accueillir et à sensibiliser le public a entrainé la mise en place de panneaux d'informations et la création d’un parcours pédagogique est à l’étude. Un nouvel observatoire est également en cours d’aménagement, pour permettre aux visiteurs d'apprécier la richesse écologique du site. Des animations à destination du grand public et des scolaires sont aussi régulièrement organisées par l’Agence des Espaces Verts de la région Île-de-France. L’accès au site peut se faire librement, pour la balade et la course à pied. En revanche, les chiens peuvent altérer la tranquillité des oiseaux sur le site, c'est pourquoi leur présence est interdite au sein de la réserve. Un autre enjeu majeur de gestion concerne la surveillance et notamment du fait de la fréquentation illégale du site par certains pêcheurs.

Repères

Superficie : 62 ha

Gestionnaire : Agence des espaces verts de la région Île-de-France

Propriétaire : Région Île-de-France

Date de classement : 09/07/2009

Localisation : Cannes-Ecluses (77)

Visite du site : libre dans le respect de la réglementation en vigueur 

Accès :

  • En voiture : sur l’A5, rejoindre la D411 vers Cannes-Ecluses via la sortie 18. A l'entrée de la commune, prendre la première à gauche juste après le pont puis longer la voie ferrée sur le quai de l’Yonne jusqu'au parking situé à l'entrée de la réserve.

Pour contacter le gestionnaire : 

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