La réserve naturelle régionale de la Boucle de Moisson

29 juin 2020

 

Située dans les Yvelines, entre Mantes-la-Jolie et Bonnières-sur-Seine, la Boucle de Moisson constitue le dernier méandre de la Seine en Île-de-France, le suivant en aval étant celui des Andelys situé dans l’Eure. La Vallée de Seine, dans ce secteur, représente un type de vallée à relief largement érodé et à méandres nombreux ou s’opposent falaises abruptes en rives concaves et zones d’alluvionnement en rives convexes. La richesse du site réside notamment dans la diversité des habitats comprenant des chênaies-boulaies, des pelouses multiples ou encore des friches xérophiles.

Ancienne terrasse alluviale de la Seine exploitée pour son granulat, la réhabilitation du site a maintenu une structuration et une mosaïque de milieux ouverts, favorables à l’accueil de la faune. Suite à cette activité, les habitats de la réserve apparaissent comme fortement perturbés mais la réserve naturelle régionale, localisée sur les communes de Moisson et de Mousseaux-sur-Seine dans les Yvelines, est incluse dans une zone Natura 2000 et constitue notamment un refuge pour de nombreuses espèces patrimoniales d’oiseaux et d’insectes à enjeux forts pour la région Île-de-France. A titre d'exemple, citons l’Alouette lulu (Lullula arborea), l’Œdicnème criard (Burhinus oedicnemus) et la Pie grièche écorcheur (Lanius collurio) pour les oiseaux ou encore, l'Hespérie des Sanguisorbes (Spialia sertorius) et le Gomphocère tacheté (Myrmeleotettix maculatus) pour les insectes.

Le site a été classé « Réserve naturelle régionale » (RNR) par délibération du Conseil Régional le 9 juillet 2009. Sa situation de quasi insularité au centre de la Boucle la tient relativement éloignée des grandes infrastructures routières et des grands secteurs urbanisés. Le périmètre régional d’intervention foncière (PRIF) de Moisson, dans lequel est inclus le site, a été créé par délibération de l’organisme gestionnaire en 1976 et s’étend aujourd’hui sur une surface de 1085 ha. Un territoire de 452 ha, dont fait partie la réserve, a pu être acquis en jouissance par le Conseil régional lui permettant ainsi de s'engager dans une démarche et dans des actions de préservation et de valorisation des milieux et des paysages.

En plus d’être une réserve naturelle régionale, le domaine de la boucle de Moisson est concerné par des classements au titre du réseau écologique européen Natura 2000. En effet, le site est entièrement inclus dans la zone de protection spéciale (ZPS) "Boucles de Moisson, de Guernes et de Rosny" classée au titre de la directive "Oiseaux" et plus de la moitié de la réserve est comprise dans la zone spéciale de conservation (ZSC) "Coteaux et boucles de la Seine" classée au titre de la directive "habitats-Faune-Flore". Le site présente à la fois un intérêt ornithologique en période de reproduction mais également un intérêt phytoécologique fort du fait de ses landes et pelouses acidiphiles et sèches. La propriété régionale s’inscrit également dans une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique (ZNIEFF) de type I « Bois de Freneuse et sablières de Moisson – Mousseaux », elle-même incluse dans une ZNIEFF de type II : « Boucle de Guernes-Moisson ». 

Cette importante stratification de zonages réglementaires ne fait que traduire la valeur exceptionnelle du méandre de Moisson-Freneuse.

Aussi, la réserve présente un fort intérêt paysager avec des points de vue remarquables. La totalité du périmètre de la réserve est ainsi incluse dans le site inscrit « Boucle de la Seine de Moisson à Guernes » (arrêté du 18 janvier 1971). Par ailleurs, les formations boisées du sud-est sont comprises dans le site classé par décret du 16 juillet 1990 « Site des falaises de la Roche Guyon et de la Forêt de Moisson ».

Espèces et habitats

Ancienne carrière, les profonds bouleversements qui ont atteint le site ont quasiment détruit l'ensemble des habitats originels. De ce fait, la composition des habitats est très diversifiée avec notamment de pelouses subatlantiques xériques, de landes sèches à subsèches et de pelouses calcaires des sables xériques. Les milieux boisés du site ont localement été dégradés avec en cause l’implantation de conifères allochtones. Ces derniers sont néanmoins installés sur des sols non transformés et offrent de bonnes potentialités de restauration des habitats landicoles et forestiers. Malgré la perte des conditions stationnelles initiales et une présence des habitats les plus patrimoniaux que sous des formes appauvries, la réserve abrite tout de même sept habitats d’intérêt patrimonial à l’échelle européenne et plus particulièrement les habitats de pelouses sablo-calcaricoles et de landes antlantiques sèches. Les Chênaies-betulaies implantées sur les seules surfaces de sols non remaniés  et non enrésinés du site présentent quant à elles un intérêt exceptionnel du fait de la présence en leur sein du Chêne tauzin (Quercus pyrenaica), espèce principalement présente dans l'Ouest de la France et en situation d'isolat septentrional en Ile-de-France. D'autres habitats présentent un intérêt patrimonial fort tel que la friche xérophile à bisannuelles en tant qu'habitat de la Molène effilée (Verbascum virgatum).

Plus de 450 espèces ont été inventoriées sur le site représentant près de 30% de la flore francilienne. La majorité de ces espèces sont liées à l’entretien des milieux ouverts (pelouses sableuses xérophiles, tonsures dans les landes et fourrées). On y retrouve 73 espèces patrimoniales parmi lesquelles trois espèces protégées à l’échelle régionale: la Drave des murs (Draba muralis) et l’Orobanche pourpre (Orobanche purpurea). La RNR abrite aussi la plus belle population régionale d’Orobanche du genêt (Orobanche rapum-genistae), espèce très rare en Île-de-France, ainsi que la présence d'une importante population d’Orpin de Forster (Sedum forsterianum) rare à l’échelle régionale. A l’image de ces plantes protégées, certaines espèces ont un ou plusieurs statuts règlementés qui leur confèrent une grande valeur patrimoniale. A titre d'exemple, mentionnons la Fausse Giroflée (Coincya monensis subsp. cheiranthos) classée comme étant "en danger" sur la Liste rouge régionale, le Plantain scabre (Plantago scabra) ou encore la Vesce printanière (Vicia lathyroides), trois espèces que l'on retrouve au sein de la RNR.

Si les connaissances entomologiques sur le territoire ont été affinées, elles n’en demeurent pas moins partielles et notamment pour les coléoptères. Néanmoins, cette diversité étroitement liée aux milieux ouverts révèle un intérêt majeur sur la RNR de la Boucle de Moisson. Plus de 280 espèces de lépidoptères ont donc été recensées au sein de la réserve avec parmi elles neuf espèces déterminantes de ZNIEFF dont trois sont protégées en Île-de-France : le Bombyx des buissons (Lemonia dumi), le Côlon blanc (Sideridis turbida) et, la Mélitée du mélampyre (Melitaea athalia). Vingt-et-une sont classées comme étant "vulnérables" et 12 sont menacées à l'échelle régionale comme l’Ecaille fermière (Epicallia villica). Les papillons de jour inventoriés représentent le cortège des espèces liées aux milieux ouverts et secs tels que le Flambé (Iphiclides podalirius) et l’Echiquier (Melanargia galathea).

Malgré un manque de connaissances sur les espèces de coléoptères fréquentant le site, quelques espèces patrimoniales ont pu être recensées sur le site, dont cinq espèces déterminantes de ZNIEFF et une protégée régionale : la Synuque des bois (Synuchus vivalis), caractéristique des carrières et des coteaux calcaires. Notons également la présence du Crache-sang (Timarcha tenebricosa) et de Scaphium immaculatum, toutes deux déterminantes de ZNIEFF, ainsi que d’Ontophagus similis, d'Onthophagus emarginatus et, du Xylotrechus antilope (Xylotrechus arvicola). Concernant les orthoptères et les dictyoptères, il est possible de décompter à ce jour une vingtaine d'espèces sur le périmètre de la réserve telles que la Mante religieuse (Mantis religiosa), l’Oedipode turquoise (Oedipoda caerulescens) ou encore, le Criquet des pins (Chorthippus vagans) et le Grillon d'Italie (Oecanthus pellucens), tous deux bien répandus dans la région ; ce qui n'était pas le cas il y a quelques décennies. Près de la moitié des espèces concernées sont patrimoniales et, témoignent de la richesse et de la variété des milieux. Bien qu’ils ne constituent pas un enjeu de conservation à l’échelle de la réserve, le groupe des Odonates compte six espèces toutes situées sur le même site. Toutes sont communes à l’échelle régionale et nationale.

Avec l’entomofaune, les oiseaux représentent un autre intérêt faunistique majeur du site avec plus de 100 espèces contactées sur la propriété régionale. Seize espèces sont qualifiées de remarquables, au moins à l’échelle francilienne (dont quatre migratrices strictes). Parmi la soixantaine d'espèces nicheuses recensée, on retrouve des cortèges liés à différents habitats composés d'espèces dont les populations nicheuses sont parfois particulièrement menacées en Île-de-France. Les enjeux les plus évidents portent sur les espèces de milieux ouverts que sont l’Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus) avec six couples recensés en 2008, l’Alouette lulu (Lullula arborea), classée comme étant "en danger" (EN) à l'échelle francilienne. Ces deux dernières sont accompagnées par le Tarier pâtre (Saxicola rubicola), classé comme étant "vulnérable" dans la région (VU).

Des espèces liées aux boisements et aux lisières forestières ont également pu être recensées comme l'Autour des palombes (Accipiter gentilis) "en danger critique d’extinction" (CR) en Île-de-France, la Bondrée apivore (Pernis apivorus) (VU), le Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) non nicheur, il a été observé en chasse, le Torcol fourmilier (Jynx torquilla) (CR), nicheur régulier, ou encore le Hibou moyen-duc (Asio otus). Les landes et fruticées abritent quant à elles d’importants effectifs d’Engoulevents d’Europe (Caprimulgus europaeus) et de Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) (VU). En 2008, un couple de Fauvette pitchou (Sylvia undata) (EN) a niché sur le site constituant une donnée exceptionnelle puisque l'espèce était considérée comme disparue de la Vallée de la Seine dans sa partie normande. Cette espèce spécialiste des landes basses à callunes n'était plus cantonnée dans la région qu'au massif bellifontain où une petite population d'une trentaine de couples semble subsister tant bien que mal (contre 100 à 150 couples en 1980). Sa présence dans la Boucle de Moisson pourrait donc être signe d’espoir pour cette espèce fortement menacée en Île-de-France. La RNR est également favorable aux haltes d'un certain nombre d'espèces en période de migration telles que le Busard cendré (Circus pygargus), l'Autour des palombes (Accipiter gentilis) (CR) ou le Bec croisé des sapins (Loxia curvirostra) et pour l'anecdote, signalons qu'un Elanion blanc (Elanus caeruleus), espèce occasionnelle dans la moitié Nord de la France, a séjourné sur le site pendant plusieurs semaines en 2006.

Cinq espèces d’amphibiens et sept espèces de reptiles ont également été recensées sur le site avec parmi elles: le Crapaud commun (Bufo bufo) le Lézard des Souches (Lacerta agilis), le Triton ponctué (Lissotriton vulgaris) ou encore la rare en Ile-de-France Vipère péliade (Vipera berus). Concernant les chauves-souris, bien que les données soient rares sur le site, ce dernier leur offre des potentialités d'accueil.

Les potentialités de reconquête de l’état de conservation des habitats ouverts sont sources d’incertitudes étant donné que les conditions stationnelles ont été profondément modifiées. A partir des connaissances actuelles, des activités anthropiques et de la valeur patrimoniale des habitats et des espèces, quatre enjeux majeurs ont été identifiés sur le site :

- Améliorer la capacité d’accueil des habitats de la réserve ;
- Améliorer les connaissances de la réserve ;
Sensibiliser le public à la protection du patrimoine naturel de la réserve ;
- Être en mesure d’assurer la gestion administrative de la réserve et sa représentativité au sein des différents réseaux et instances régionales et nationales.

L’Agence des espaces verts de la région Île-de-France (AEV) assure la gestion du site et pour cela, des objectifs ont été définis pour répondre à ces enjeux : des objectifs à long terme qui s'appliqueront sur plusieurs plans de gestion, et des objectifs à atteindre sur la durée du présent plan de gestion. Suite à cela, des opérations sont précisées afin répondre aux objectifs fixés ; ces derniers sont détaillés dans le plan de gestion actuel de la réserve.

Repères

Superficie : 316 ha

Gestionnaire : Agence des espaces verts de la région Île-de-France

Propriétaire : Région Île-de-France

Localisation : Moisson et Mousseaux-sur-Seine (78)

Date de classement : 09/07/2009

Accès:  

  • En voiture : depuis Paris, prendre l’A13 vers Rouen puis rejoindre la D113 en direction de Rosny-sur-Seine via la sortie 13. L'accès à la réserve se fait par la D124 en direction du bourg de Moisson. Par l'île de loisirs des Boucles de la Seine, entrée par le chemin du golf. Par le centre de Mousseaux-sur-Seine, entrée par l’allée des pins.

Pour contacter le gestionnaire : 

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